Le paradoxe de la musique québécoise

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Avec sa musique fortement inspirée de la chanson française du 20e siècle, Vanille commence à se faire connaître en Europe. (Photo : Félix-Antoine Turgeon)

Année après année, la proportion d’écoute de musique québécoise sur les plateformes de diffusion ne cesse de reculer, représentant 7% en 2024 contre 9% en 2021 selon l’Institut de la statistique du Québec. Plusieurs acteurs de la scène musicale francophone perçoivent pourtant un engouement renouvelé alors que la province produit de la musique comme jamais auparavant. 

« J’ai l’impression qu’il y a mille nouveaux projets par année », lance en rigolant l’artiste Vanille, de son vrai nom Rachel Leblanc, qui fait carrière en tant qu’autrice-compositrice-interprète depuis 2017. Son constat est loin d’être une simple perception : le nombre d’albums québécois a augmenté de 210 % en 10 ans selon un rapport de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) paru en 2024.

La jeune artiste constate une augmentation encore plus marquée depuis la pandémie. « Il y a eu beaucoup d’argent d’injecté dans les arts, ce qui a fait en sorte qu’on a pu survivre et mettre beaucoup d’efforts dans la musique au quotidien alors qu’on n’avait rien d’autre à faire. Grâce à cette aide, il y a beaucoup d’artistes qui ont émergé », explique celle qui a justement profité de ce contexte pour composer son premier album Soleil ‘96.

Figure marquante de la scène musicale québécoise depuis le début des années 2000, Louis-Jean Cormier a assisté à plusieurs métamorphoses de l’industrie. L’accessibilité de la création musicale explique, selon lui, le nombre exponentiel d’artistes qui voient le jour, sans toutefois influencer la mission des artistes.

« La portée du rayonnement d’une carrière a changé, mais garde les mêmes bases, c’est-à-dire qu’on doit se rendre chez les gens et aujourd’hui ça passe par certains médias.  Internet a libéré la possibilité que tout le monde puisse avoir un projet. C’est plus facile d’enregistrer, de se faire un nom. »

Un engouement chez les jeunes

Si la croissance de l’offre ne se répercute pas encore dans les statistiques d’écoutes de musique québécoise, elle a influencé les jeunes à s’y intéresser davantage selon le réalisateur d’albums et musicien accompagnateur, Dominique Plante. « Quand j’étais au secondaire dans les années 2000, ce n’était pas cool d’écouter de la musique québécoise. Aujourd’hui, ce sont des jeunes qui sont dans la salle. Il y a un intérêt renouvelé pour cette musique-là et ça me donne espoir », affirme celui qui collabore avec la jeune sensation Ariane Roy depuis ses tout débuts.

Dominique Plante a remporté le prix du EP indie rock de l’année au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ) avec son EP Tout va bien. (Photo : Facebook)

Vanille observe le même phénomène : même si sa musique est fortement inspirée par celle des années 70, ce sont les jeunes qui remplissent ses salles. Lorsque Rachel Leblanc ne foule pas la scène, elle se transforme en disquaire. Cet emploi au Vacarme, à Montréal, lui permet d’arriver au même constat concernant l’engouement pour la musique d’ici. « C’est grandissant chaque mois. Les gens en achètent de plus en plus. Ce n’est pas rare que notre meilleur vendeur de la semaine soit un disque québécois », raconte-t-elle, en précisant que l’espace dédié aux albums québécois a doublé en quatre ans au Vacarme.

De calibre international

Dominique Plante, qui fait aussi carrière solo sous le nom de Minou, croit que cette vague d’intérêt envers la musique québécoise s’explique par une démocratisation de la musique internationale. « Dans les années 2000, il y a eu des pionniers comme Karkwa qui ont trouvé la manière de faire un hybride entre ce qui se fait ailleurs dans le monde et la façon de l’adapter ici en français », observe- t-il en faisant référence à l’influence de Radiohead dans la musique du groupe montréalais.

Avec l’album Les chemins de verre paru en 2010, Karkwa est devenu le premier groupe francophone à remporter le prestigieux prix Polaris décerné au meilleur album canadien de l’année. (Photo : Marc-Étienne Mongrain)

Le chanteur de ce même Karkwa, Louis-Jean Cormier, est sans équivoque : la musique québécoise n’a rien à envier à celle d’ailleurs. « On est un petit coin isolé du monde qui fait, à mon avis, dans la plus grande qualité au monde avec très peu de moyens. »

Œuvrer dans ce « petit coin isolé », un microcosme francophone en Amérique, apporte inévitablement son lot d’enjeux. Mais pour Dominique Plante, voilà toute la beauté de la musique d’ici : « C’est important d’avoir de l’art fait par des Québécois qui s’adressent à des Québécois et que ce soit suffisant comme ça. »

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