L’IA bouleverse le monde musical

Accessibles sur son téléphone cellulaire ou sur un ordinateur, les générateurs de musique artificielle sont faciles d’utilisation. (Photo : Felix Audet)
La musique. Elle fait vibrer, chanter, danser. Cette fascinante forme d’art occupe une place centrale dans notre société. Or, que faire lorsque nous ne sommes plus capables de discerner une œuvre réalisée par un humain d’une œuvre produite par un robot ? L’intelligence artificielle crée aujourd’hui une véritable confusion, inquiétant autant les spécialistes que les musiciens.
« La prise de conscience du public doit être sérieuse; l’avenir est entre les mains des Québécois. »
Michel Rochon est un passionné de musique. Physiologiste de formation, journaliste scientifique, chargé de cours à l’université, mais aussi musicien, il a développé une fascination pour le cerveau et la musique. Après avoir publié trois livres sur le sujet, son quatrième ouvrage, qui paraîtra en mars, s’intitulera La musique artificielle.
« Depuis quelque temps déjà, je m’intéressais au dossier de l’intelligence artificielle dans la musique. J’ai donné plusieurs conférences, et la SOCAN ainsi que l’ADISQ m’ont demandé d’intervenir dans des colloques à ce propos », explique-t-il.

Michel Rochon a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste scientifique pour l’émission Découverte. (Photo : Facebook)
Depuis environ trois ans, les possibilités de créer des pièces musicales grâce à des applications utilisant l’IA se multiplient. Suno, ElevenLabs, Udio : il suffit d’écrire le thème principal de la chanson souhaitée et, en quelques secondes, mélodie et voix sont générées par des robots. Une musique libre de droits apparaît alors, devenant une imposture au milieu d’un océan d’artistes qui tentent de faire leur place dans l’industrie musicale.
« Pour la musique pop, il s’agit d’une révolution et d’un changement de paradigme assez profond. Les grandes plateformes vont bientôt voir de larges quantités de musique générée par IA mises en ligne », s’inquiète M. Rochon.
En rigolant, l’ancien journaliste lance : « Et même, au Japon et en Corée, ils aiment beaucoup les robots musiciens ».
Vous avez bien entendu ! Certaines personnes préfèrent écouter une conscience automatisée par des codes qu’un artiste-compositeur-interprète qui apprend un instrument depuis son jeune âge.
Sommes-nous rendus au point où un enfant de cinq ans pourrait égaler les grands de ce monde ? Écrire une chanson est-il devenu si simple ?
Simon Claus, directeur des affaires publiques et de la recherche à l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), s’est lui aussi penché sur la question.
« On estime qu’un artiste représente ce qu’il chante. Pour être diffusée à la radio, une chanson doit être composée par un humain. Les gens recherchent ce sentiment : sentir la créativité humaine. »
Mais les consommateurs sont-ils vraiment conscients ? Des exemples :
Walk My Walk, de Breaking Rust, générée par IA : titre country le plus téléchargé durant le mois de novembre 2025 selon Billboard.
Xania Monet : première artiste virtuelle à faire son entrée dans les classements des meilleures ventes aux États-Unis.
I Run, de Haven : 25e chanson la plus écoutée sur Spotify dans le monde durant le mois de novembre 2025, voix modifiée par IA.
Une industrie en mutation
Il n’y a pas que la création musicale qui sera affectée par l’IA, mais bien toutes les structures de l’industrie. L’IA remplacera tôt ou tard le mixeur sonore dans le studio, le réalisateur qui produit un spectacle, l’éclairagiste qui s’occupe de mettre de l’ambiance… Plusieurs métiers sont à risque de disparaître.
Le CRTC, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, est actuellement en train de revoir ses pratiques et ses règlements concernant le droit d’auteur, mais pour l’instant, peu de résultats sont perceptibles.
Et pourtant, ça presse ! Cette année, l’artiste Billie du Page s’est fait voler ses albums et ses titres par des gens utilisant des intelligences artificielles, qui se faisaient des profits sur le dos de la chanteuse québécoise.
« Il y a une nouvelle chaîne économique qui se construit autour de l’IA et de la musique, avec des intermédiaires qui vont acheter en vrac de la musique artificielle et la vendre aux plateformes », met en garde Michel Rochon. « Il s’agit tout simplement d’une nouvelle sorte d’économie », rajoute-t-il.
L’ADISQ n’est pas contre l’intelligence artificielle. Pour l’organisation, il faut prendre ce virage, mais il faut le faire correctement. « De notre côté, on fait face à des entreprises qui ont des moyens colossaux pour investir dans ces technologies. Il nous faut un soutien considérable de la part du gouvernement, tout ça pour rester une industrie musicale moderne », apporte Simon Claus.
L’intelligence artificielle évolue à un rythme endiablé, rappelons qu’il y a 3 ans, ChatGPT n’existait pas, et qu’aujourd’hui, la plateforme compte plus de 500 millions d’utilisateurs. Il s’agit clairement d’un sujet d’actualité qui doit être traité avec attention, car les impacts futurs pourraient être considérables.
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