Entrepreneuriat immigrant : des « lunettes » différentes sur les opportunités

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Marc Privé debout, en conférence

M. Privé accompagne de nombreux immigrants dans le lancement de leur « boîte » : une jeune femme qui a créé son entreprise de communication, un jeune homme qui s’est lancé en informatique, ou Joël Koffi Ada qui a lancé son entreprise de comptabilité et de gestion. (Photo : Marc Privé)

En venant d’ailleurs, les immigrants apportent dans leur bagage un regard nouveau sur la province et une persévérance notable. Leur force entrepreneuriale crée souvent de belles histoires. 

Au Cégep de Chicoutimi, 80 à 90% des membres du club entrepreneurial sont des étudiants étrangers selon son responsable, Marc Privé, aussi enseignant en entrepreneuriat. Il reconnaît que la persévérance est un trait de caractère déjà acquis dans leur parcours. D’ailleurs, ce sont deux fois plus d’immigrants que de Québécois qui vont jusqu’à réaliser au moins une démarche administrative pour démarrer une entreprise, selon le rapport 2024 d’indice entrepreneurial québécois. 

« Le fait de venir de deux pays différents ça te forge, témoigne la propriétaire de l’entreprise Exotica Marie-Thérèse Bessin. Quand on vient de l’extérieur, on a le goût de réussir et de se battre. Même si on sait que c’est difficile. Il faut travailler deux fois plus pour faire son nom. » 

En 2024, le taux d’intention de création d’une entreprise était de 27.2% chez les personnes immigrantes contre 13.8% chez les personnes natives selon le rapport 2024 d’indice entrepreneurial québécois. 

Des besoins différents 

« Les étudiants qui viennent de l’étranger n’ont souvent pas les mêmes lunettes que nous, confie M. Privé.  Quand tu arrives dans une nouvelle ville, tu vois les choses manquantes. »  

Marie-Thérèse Bessin a grandi au Burkina Faso aux côtés d’une grand-mère entrepreneuse. En 1998, elle a immigré au Québec et en 2015, elle a démarré son entreprise Exotica. À l’époque, elle devait se rendre jusqu’à Montréal pour trouver les produits africains dont elle avait besoin. Aujourd’hui elle est fière de ce qu’elle et son équipe ont développé à Chicoutimi pour pallier ce manque. Elle est propriétaire d’un salon de beauté, d’un restaurant et d’une épicerie spécialisée.

Marie-Thérèse Bessin dans son salon de beauté à Chicoutimi

Marie-Thérèse continue sans cesse de partager sa culture à travers son entreprise : « On est toujours en train de faire découvrir car tout le monde ne connaît pas mais au fur et à mesure ça va venir. » (Photo : Mathilde Bellon)

La force des immigrants vient aussi de leur volonté de partager leur culture, leurs coutumes et habitudes. « Je n’arrête pas de dire que je fais connaître l’Afrique parce que malheureusement elle est méconnue », s’exclame Mme Bessin. 

Des ressources précieuses 

Quand elle est arrivée au Québec en 2021, Aliya Oranger rêvait de lancer son entreprise de créations fait main. « C’est Isabelle Maltais, au bureau de l’entrepreneuriat du Cégep de Jonquière, qui m’a permis de lancer tout ça, assure Mme Oranger, le sourire aux lèvres. » 

La jeune femme apprécie l’ouverture d’esprit de la province qui lui a donné le sentiment de pouvoir se développer « à son rythme ». Un état d’esprit qu’elle ne retrouvait pas en France. 

Pour sa part, Joël Koffi Ada a lancé son entreprise de comptabilité et de gestion fiscale en 2021, il admet qu’il n’aurait pas pu le faire au Togo, son pays d’origine. Il mentionne une « connaissance beaucoup plus démocratisée » et une « fiscalité très claire » dans la province comparativement à l’Afrique. 

« Marc Privé et Linda Tremblay ont planté le décor, ils m’ont vraiment aidé à voir tout ce qu’il y avait en moi que je ne voyais pas, avoue, reconnaissant M. Ada. » 

Marc Privé pose avec les gagnants du Hackathon du CEE-UQAC

Le Centre d’Entrepreneuriat et d’Essaimage (CEE) de l’UQAC, avec le programme Star-Tech, permet d’accompagner les étudiants pour le lancement de leur entreprise. Une bourse de 10 000$ peut être délivrée aux étudiants investis. (Photo : Marc Privé)

Des difficultés à prendre en compte

Le Québec est le territoire où l’entrepreneuriat est le plus valorisé au monde comme bon choix de carrière, avec 81% d’appui contre 74.4% pour le reste du Canada selon le rapport 2024-2025 du Global Entrepreneurship Monitor.

Malgré ces statistiques, Aliya a décidé de mettre en pause son entreprise pour des raisons personnelles et elle admet que « l’aspect immigration » n’a pas aidé. La jeune femme n’abandonne pas son rêve, elle le met de côté le temps de trouver une stabilité dans son nouveau pays.

Aliya Oranger pose fièrement avec ses créations : des sacs

Aliya Oranger a créé Retouch en 2021, une entreprise de retouches et de couture. En tant qu’immigrants, elle et ses amis « n’avaient pas leur grand-mère juste à côté pour refaire un bas de pantalon. » (Photo : Mathilde Bellon)

Marie-Thérèse reconnait qu’elle est arrivée ici à une période où il était facile d’obtenir un permis de travail.

D’autres sacrifices existent. Le pays et la famille de Joël Ada lui manquent et il espère un jour pouvoir « implanter » les idées qu’ils développent au Québec, chez lui, au Togo.

Pour les immigrants, entreprendre est une manière de s’intégrer dans la culture québécoise et de s’installer ici. « Pour beaucoup c’est une voie de sortie pour s’intégrer et devenir un actif dans leur nouveau pays », déclare M. Privé, enthousiaste.

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