Les complications : plus fréquentes qu’on pourrait le croire

Selon la Dre Gervais, lorsqu’elle travaillait à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, il y avait un registre des pays les plus fréquemment visités par les patients ayant des complications. (Photo : Julie Pellerin)
D’après la médecin spécialiste en chirurgie plastique, Valérie Gervais, les voyages médicaux engendrent de véritables dangers pour les patients. Que ce soit lors de l’intervention ou lors du retour au pays, elle est témoin de beaucoup de cas, plus fréquents qu’on pourrait le croire.
« Juste au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, dans les trois dernières semaines, j’ai vu six patientes qui revenaient de la Tunisie avec des complications », explique la chirurgienne. Elle ajoute qu’elle est souvent appelée à aller en consultation avec des personnes qui ont des complications à la suite d’opérations esthétiques reçues en sol étranger.
À son avis, c’est, entre autres parce que les suivis pré et postopératoires ne sont pas les mêmes qu’en Amérique du Nord. Les patients arrivent quelques jours avant ou le matin même de leur opération et quittent quelques jours après, alors que certains suivis doivent être faits sur des mois.
Ça se complique
La Dre Gervais estime que les complications les plus communes sont des décollements des bords de plaies et la surinfection de celles-ci. « Ça, c’est une bonne chose en soi, parce que ce n’est pas le pire », illustre-t-elle en faisant référence à des complications plus sévères comme les problèmes thromboemboliques, des caillots dans le sang.

Valérie Gervais explique que voyager en avion après une chirurgie majeure peut engendrer de sérieux problèmes de santé. (Photo : courtoisie)
Elle raconte avoir rencontré une patiente qui s’était fait opérer à l’extérieur pour une augmentation mammaire. « On pouvait voir à travers la plaie : on voyait l’implant », relate-t-elle.
La Dre Marie Gdalevitch pratique des opérations esthétiques d’allongement des jambes et elle aussi est souvent témoin de complications. « Ils mettent leur vie, leur santé à risque et ça serait juste mieux d’attendre soit que la technologie devienne moins chère ou qu’ils soient capables de se payer une chirurgie dans un endroit où c’est plus sécuritaire», affirme-t-elle.
Elle fait valoir que ces gens ont souvent des problèmes fonctionnels à la suite des complications. La Dre Gdalevitch dit que ces cas deviennent des « problèmes dans le réseau public. »
« C’est aux frais des gens qui payent des impôts ici au Québec », lance-t-elle.
« Ka-ching »
La Dre Gervais est du même avis : ces complications coûtent très cher au système de santé québécois. « S’ils ont des complications après ces chirurgies-là, les gens consultent dans le système public, soit chez un médecin de famille ou un médecin d’urgence », développe la chirurgienne.
« Est-ce que de gérer les complications au lieu d’offrir ces opérations, ça ne coûte pas plus cher à notre système au final ? », se questionne la Dre Valérie Gervais.
La porte-parole de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), Caroline Dupont, souligne pour sa part que toutes les interventions médicales couvertes au Québec seront prises en charge par la RAMQ, peu importe où elles sont effectuées. Les chirurgies esthétiques, n’étant pas couvertes au Québec, ne le seront pas. « L’infection va être traitée, mais l’augmentation mammaire ou le reste ne le sera pas », affirme-t-elle.
En parler pour éviter le pire
« Comme ordre professionnel qui veille à la protection du public, le Collège des médecins du Québec ne recommande pas à la population de subir une intervention chirurgicale à l’étranger », a déclaré le Collège des médecins par écrit. Il ajoute que toute personne souhaitant voyager à l’extérieur pour recevoir des soins devrait se renseigner avant.

La difficulté principale des chirurgies plastiques, c’est que les patients n’ont pas besoin d’une consultation ou d’une référence médicale pour aller de l’avant avec leur traitement. (Photo : Julie Pellerin)
La Dre Gervais croit que de l’éducation se doit d’être faite par le gouvernement pour éviter ce genre de situation. Elle avoue se sentir menacée : « Je me fais dire que, si je ne les opère pas, elles vont aller en Tunisie. Ça me heurte profondément. »
Selon elle, des statistiques devraient être comptabilisées pour mettre de la lumière sur les probabilités de complications.






