La science des frissons musicaux

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À l’Université de Plymouth en Angleterre, des chercheurs transforment l’activité cérébrale en musique conçue pour susciter plus d’émotions. (Photo : Alysson Patry)

Un simple accord de piano, un crescendo des cordes et soudain, la peau se hérisse. Le frisson musical, aussi bref qu’intense, ne relève pas du hasard. Derrière ces quelques secondes de chair de poule se déploie un mécanisme précis par lequel le cerveau et le corps agissent en synergie.

 

Pour la candidate au doctorat en psychologie, option neurosciences cognitives à l’Université de Montréal, Marie-Andrée Richard, il faut d’abord comprendre que l’émotion ne se limite jamais à ce que l’on ressent « dans notre tête ». « Les émotions, c’est multidimensionnel. Il y a un aspect cognitif, un aspect action, puis un aspect physiologique », explique-t-elle. Autrement dit, lorsque l’on vit quelque chose de fort, le corps réagit automatiquement. Le cœur peut accélérer, la gorge peut se nouer, les larmes peuvent monter. « Le rythme cardiaque peut augmenter parce qu’on est fâché, mais aussi parce qu’on est très heureux », précise-t-elle. Le frisson s’inscrit dans cette logique-là.

 

Quand le plaisir atteint son sommet

 

Cette réaction physiologique survient en réponse à une émotion intense. « Le frisson, c’est considéré comme étant le pic du plaisir. On ne le ressent pas tout le temps. C’est à un moment précis d’une chanson, ça dure une ou deux secondes, puis après, c’est fini », souligne la chercheuse. Selon la littérature scientifique, ce moment serait lié à la libération de dopamine, un neurotransmetteur associé au système de récompense.

Le frisson ne se limite pas à la musique. Un film, une voix, un souvenir ou une parole peuvent provoquer la même réaction. (Photo : Alysson Patry)

Le cerveau sous la loupe

Le journaliste scientifique et auteur Michel Rochon s’est penché sur la question dès la fin des années 1990, notamment à travers les travaux du neuroscientifique à l’Université McGill, Robert Zatorre. « Il a demandé à des étudiants d’apporter la musique qui leur donnait des frissons », raconte-t-il. Les participants ont ensuite été placés en imagerie par résonance magnétique fonctionnelle pour observer leur cerveau en action. Résultat : « Il s’est rendu compte qu’il y avait une région qui s’allumait très fort pendant le frisson, le noyau accumbens. » Situé au cœur du cerveau, le noyau accumbens joue un rôle clé dans le circuit de la récompense et dans la sensation de plaisir. C’est cette même région qui s’active lors d’expériences agréables ou motivantes. Le frisson n’est donc pas qu’une image poétique, mais bien une activité mesurable dans le cerveau.

L’écoute au casque favorise une immersion plus intime, amplifiant les nuances susceptibles de provoquer des frissons. (Photo : Alysson Patry)

Entre attente et surprise

Alors, pourquoi certaines chansons provoquent-elles cet effet et pas d’autres? Madame Richard évoque le principe selon lequel notre cerveau fonctionne par prédictions. « Il anticipe la prochaine note, la prochaine pulsation. Si tout est trop prévisible, l’intérêt diminue », soutient-elle. Un équilibre doit s’installer entre l’anticipation et la surprise. Cela peut passer par un changement harmonique ou une montée inattendue. C’est souvent à ce moment que le frisson apparaît. Une réaction brève, provoquée lorsque le cerveau, surpris dans ses prédictions, active ses circuits de récompense.

 

 

 

 

 

 

 

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