Sauver l’art, malgré des matériaux qui se dégradent

L’absence de lumière est très souvent utilisée pour empêcher une œuvre de se dégrader. (Photo : Jérémie Bélanger)
Le Musée national des beaux-arts du Québec compte à lui seul près de 42 000 œuvres. Imaginez alors le nombre total d’œuvres qui demandent à être restaurées. Certaines remontent aux années 1800, d’autres, plus récentes, remontent aux années 1930 pour l’art contemporain. Pourtant, une grande partie de ces créations, qui font partie du patrimoine national, ne peut être restaurée en raison de plusieurs facteurs, laissant peu à peu des fragments de notre histoire se détériorer avec le temps.
Les raisons qui motivent la restauration d’une œuvre dans les musées reposent souvent sur son importance, sur l’artiste et sur l’histoire du Québec.
La solution fréquemment mise de l’avant pour restaurer certaines œuvres est d’utiliser des matériaux qui sont réversibles, « dans l’optique que quelqu’un devra restaurer l’œuvre dans 50, 100, voire 150 ans ». Ces matériaux permettront plusieurs futures restaurations. « Chaque pièce restaurée aura besoin d’être encore restaurée un jour », explique la restauratrice du Musée d’art contemporain de Montréal, Marie-Chantale Poisson.
Que l’artiste soit encore en vie ou non, l’intention originale de sa pièce sera toujours priorisée si elle se dégrade. « On ne va jamais imiter ce qu’il pourrait y avoir eu, souvent on va retoucher avec une couleur neutre », confie la restauratrice de peintures au Musée national des beaux-arts du Québec, Aimie Turcotte. Cette approche est aussi privilégiée par Mme Poisson. « S’il n’y a aucune trace de ce que c’était, je ne vais rien inventer, je vais le stabiliser. Le dommage peut rester apparent. » Si l’artiste est décédé, et que sa pièce est trop unique, précieuse et qu’elle a une valeur patrimoniale exceptionnelle, il est possible de faire une restauration plus poussée qui ne sera pas réversible.
Certaines œuvres, surtout dans l’art contemporain, sont faites de bases organiques telles que de la moisissure ou même de la nourriture. Dans ces cas, peu importe l’intention de l’œuvre, une restauration n’est pas possible. « Nous allons documenter (l’œuvre), prendre des photos et faire des entrevues, puis la laisser (se dégrader) », précise Marie-Chantale Poisson.
Des matériaux qui se dégradent rapidement

Même si certaines pièces d’art sont vraiment endommagées et qu’il n’est pas possible de les restaurer, elles seront tout de même conservées. (Photo : Unsplash)
Marie-Chantale Poisson donne l’exemple d’une énorme sculpture faite de ruban adhésif. Aujourd’hui, cet adhésif est mal en point : il est séché, brunit, devient fragile et se déchire. Le plastique est un matériau recyclé qui vieillit très rapidement. Dans d’autres œuvres à base de matériaux organiques, la dégradation est volontaire et fait partie de l’œuvre de l’artiste.
Tous ces choix doivent respecter un code de déontologie. Il faut notamment « maintenir un équilibre entre utilisation et préservation et respecter l’intégrité de l’œuvre, qu’elle soit conceptuelle, historique ou esthétique », mentionne Mme Turcotte.






