La Formule 1 peut-elle devenir écologique ?

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La Formule 1 a lancé sa stratégie de développement durable en 2019, en se fixant l’objectif de réduire ses émissions absolues de 50 % d’ici 2030, par rapport à un niveau de référence de 2018. (Photo : Bertrand Godin)  

Nouvelle réglementation, nouveaux moteurs : les monoplaces en Formule 1 roulent maintenant avec un moteur hybride à moitié électrique. Une mesure prise par la Fédération Internationale de l’Automobile qui souhaite atteindre son objectif zéro émission d’ici 2030. Un objectif jugé ambitieux par des experts.  

 « Ce qui influence la performance c’est la réglementation mais ce qui influence la réglementation, c’est tout l’aspect politique et les enjeux sociaux », explique le pilote et analyste pour TVA Sport, Bertrand Godin. Selon lui, la Formule 1 doit rester « efficace et puissante », tout en respectant l’environnement. Un enjeu que la FIA a bien compris.  

La compétition automobile a réduit ses émissions de carbone de 26% entre 2018 et 2026. Une réduction surprenante sachant que de nouveaux Grands Prix se sont ajoutés au calendrier et que le nombre de partisans a augmenté de 63% selon une étude Greenly.   

Un objectif atteignable  

Atteindre la carboneutralité en 4 ans est un objectif réalisable selon Bertrand Godin étant donné que cela a déjà fonctionné pour la Formule E, « mais faut quand même que malgré tout ça on puisse garder le sport automobile à un certain niveau de spectacle de difficulté de pilotage pour permettre au spectateur d’y trouver son compte », nuance-t-il.  

Bertrand est analyste des courses de Formule E à TVA sports depuis 2021 et chroniqueur à La Presse depuis 2022.  Le 28 mai 2022 à Toronto, il a été intronisé au Temple de la renommée du sport automobile canadien. (Photo : Bertrand Godin)

Bertrand est analyste des courses de Formule E à TVA sports depuis 2021 et chroniqueur à La Presse depuis 2022.  Le 28 mai 2022 à Toronto, il a été intronisé au Temple de la renommée du sport automobile canadien. (Photo : Bertrand Godin)

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la course en elle-même représente seulement 1% des émissions de Co2. C’est la logistique et les voyages qui polluent le plus avec 37% et 36% respectivement. Selon Greenly, c’est sur ces aspects que la Formule 1 doit concentrer ses efforts. Pour cela, une modification du calendrier peut permettre d’éviter certains voyages, comme c’est le cas pour le Grand Prix de Montréal. « Pourquoi on a changé cette date ? Pour coordonner justement avec Miami donc ça évite de ramener le matériel en Europe pour revenir en Amérique. C’est une logique au niveau des itinéraires », explique le pilote.  

« Il y a des choses qui sont impossibles à réduire », pense de son côté le chroniqueur automobile Pier-Olivier Doucet. Les voyages en avion sont indispensables pour traverser les continents. L’impact écologique des week-ends de course semble aussi difficile à réduire avec le nombre de spectateurs en constante augmentation. « L’objectif est quand même ambitieux » trouve-t-il.  

Une icône de la pollution 

Le sport automobile est depuis toujours une icône de la pollution. Pourtant elle pollue moins que la coupe du monde de la FIFA par exemple. C’est ce que rapporte Zack Brown le directeur de McLaren dans un article de L’Auto-Journal. 

Avec une empreinte carbone d'environ 1,04 MtCO₂e par an, l'impact climatique total de la Formule 1 est plus élevé que celui du Bélize qui est estimé à environ 0,92 MtCO₂e par an. (Photo : Bertrand Godin)

Avec une empreinte carbone d’environ 1,04 MtCO₂e par an, l’impact climatique total de la Formule 1 est plus élevé que celui du Bélize qui est estimé à environ 0,92 MtCO₂e par an. (Photo : Bertrand Godin)

« Le transport de tout le matériel pour toutes les équipes pour tous les GP, incluant les essais, ça pollue moins qu’une saison de hockey dans la ligue nationale », assure de son côté Bertrand Godin, rappelant que malgré les multiples écuries et le nombre de courses par saison, il existe des solutions pour moins polluer.   

La FIA prévoit d’ailleurs utiliser un carburant durable pour ses voitures de course d’ici la fin de l’année. Elle souhaite également accroître l’achat de carburant aérien durable pour l’ensemble des vols au cours de la décennie.  

Quel avenir pour la Formule 1 ?  

Cette nouvelle réglementation fait beaucoup réagir les amateurs de la compétition.  « C’est sûr que l’être humain est réfractaire au changement donc ça suscite beaucoup de questionnements », explique Pier-Olivier Doucet. Bertrand Godin de son côté ne cache pas sa nostalgie : « si je regarde entre la Formule 1 moderne et la Formule 1 historique je préfère un bon vieux V8 qui a une sonorité incroyable mais je pense qu’il faut accepter cette réalité, cette évolution-là et un pilote devra toujours s’adapter ».  

Au-delà des réactions, le nouveau règlement mène la vie dure à certaines écuries : « La seule chose que je trouve dommage c’est que la fiabilité n’est pas là. On n’a pas eu la grille complète avec les 22 voitures jusqu’à présent », déplore le chroniqueur.  Aston Martin, Cadillac et même McLaren ont été obligés de déclarer forfait ou de ne pas prendre le départ alors même que la compétition vient juste de commencer.  

Bertrand Godin ne cache pas que tous ces changements pourraient avoir un impact négatif sur la compétition : « C’est ça l’essence même du sport automobile. Il fut une époque où tout le monde avec le même moteur et des châssis similaires mais avec cette réglementation qui amène à se dépasser au niveau des objectifs technologiques et carboneutres, c’est peut-être là qu’on va voir des différences tellement grandes entre les écuries que la compétition va en souffrir. »  

La domination Red Bull est terminée, 2026 est un nouveau départ pour la compétition : « On a brassé les cartes royalement là avec une Formule 1 plus petite, plus légère et avec cette motorisation-là, on vient de recommencer à zéro » constate le pilote. Le spectacle ne se fera pas forcément sur le circuit cette fois-ci : « c’est sûr que voir une course c’est intéressant, mais ce qui va l’être encore plus c’est de voir cette course à la technologie qui va se développer parce qu’il y a des équipes qui vont évoluer dans les prochains mois. » 

 

 

 

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