Dans la tête des auteurs de polars

Maximilien Bouchard mentionne que dans les romans policiers, la légitimité de l’auteur apporte quelque chose au lecteur, c’est pour cela que les experts devenus écrivains sont particulièrement prisés. (Crédit photo : Sarah Champoux)
Si les ingrédients qui forment un bon roman policier sont simples, la recette pour réussir ce genre d’ouvrage, elle, est plus longue et complexe. « Il y a une seule intrigue dans un roman policier, c’est comment l’auteur va se sortir de ce merdier », raconte Chrystine Brouillet, autrice d’une soixantaine de livres.
Comme le dit Hervé Gagnon, romancier à succès au Québec et en France, « c’est le grand mystère ça, le processus d’écriture, il n’y en a pas deux pareils ». La manière d’écrire des romans policiers change avec l’auteur, mais certaines étapes, comme la recherche, sont inévitables.
Même si elle consulte plusieurs documents sur Internet, Chrystine Brouillet n’hésite pas à envoyer un de ses amis lui chercher des livres reliés au thème de sa production à la bibliothèque. Pour certains sujets, elle questionne des spécialistes et pour chacune de ses histoires, elle consulte un policier.
Hervé Gagnon, de son côté, écrit majoritairement des romans historiques et policiers. Il explique que malgré ses formations d’historien et de muséologue, il fait tout de même beaucoup de recherches pour être certain que le décor soit fidèle à l’époque qu’il tente de représenter. Afin d’être réaliste, le tout doit être expliqué d’une façon claire, mais banale. « Si je suis en 1892 et que le personnage est en train de faire cuire des toasts, il faut que je m’arrange pour faire comprendre, dans une petite phrase bien banale, qu’il fallait que tu ouvres des portes de chaque côté [du grille-pain], tu mettais les tranches dedans, tu refermais les portes et c’était sur le poêle à bois. »
S’inspirer de l’actualité
Chrystine Brouillet écrit entre autres pour dénoncer des phénomènes qui font partie de l’actualité, comme la violence conjugale ou les féminicides. Elle reste cependant loin des histoires vraies. « L’actualité est malheureusement riche de drames, de tragédies et je m’inspire de ça. » Cependant, elle n’utilise jamais de véritables récits dans ses romans.
Hervé Gagnon, lui, utilise de véritables faits divers, mais leur construit un scénario parallèle. « Je me pose la question ‘’qu’est-ce qui se serait passé si’’ et c’est le ‘’si’’ qui donne mon enquête. »
C’est l’histoire d’un détective « un peu tout croche »
Le propriétaire de la librairie Marie-Laura à Jonquière, Maximilien Bouchard, en voit passer des polars sur ses tablettes. Pour lui, ce qui fait un bon roman policier, c’est la surprise et la présence d’une intrigue qui garde le lecteur au bout de sa chaise. « Il faut que dans le début de ton livre, dans les dix premières pages, tu sois déjà dans l’intrigue. Ce n’est pas comme d’autres genres où ils se mettent à construire leurs personnages. »
Les lecteurs aiment également reconnaître les codes classiques de ce type d’ouvrage, comme le policier qui ne respecte pas vraiment les règles de l’art et n’obtient pas l’aide de ses supérieurs. « Les lecteurs ne veulent pas nécessairement que tu réinventes la roue », explique Maximilien Bouchard.
Les intrigues complexes donnent parfois des maux de tête aux auteurs, qui doivent relire plusieurs fois leur manuscrit avec l’aide de leur éditeur. « Si tu changes une date, une heure, c’est comme un effet domino, tout s’enchaine, mais quand tu trouves une chose [à modifier], t’aimes mieux la trouver avant la publication », illustre Chrystine Brouillet.
Choisir le polar
Au fil du temps, l’écriture de romans abordant des meurtres et les lectures horrifiantes nécessaires pour ses recherches ont commencé à affecter moralement Chrystine Brouillet. « Ça m’abime, tout ce que je lis, je suis toujours dans l’horreur », avoue-t-elle. Grande fan de romans policiers depuis sa jeunesse, elle ne regrette cependant pas son choix de carrière.

Chrystine Brouillet explique qu’avec toutes les recherches qu’elle fait, écrire un roman policier lui prend entre un an et un an et demi. (Crédit photo : Facebook)
À l’âge de 24 ans, elle avait débuté un roman d’amour qui s’inspirait de sa vie, mais elle a vite réalisé que ça n’intéresserait personne. Elle s’est alors tournée vers les polars. « Je me suis dit, je vais faire quelque chose qui est très loin de moi. Je n’ai jamais tué personne, donc je vais faire un roman policier. Comme j’ai été la seule à en écrire au Québec pendant plusieurs années, ça m’a apporté une certaine notoriété », explique la romancière. L’autrice est désormais attachée à ses personnages, mais aussi à la mécanique du roman policier.
Les auteurs de romans policiers québécois ne sont pas nombreux. Hervé Gagnon estime qu’ils sont entre trente et quarante. Ils sont cependant très proches. M. Gagnon raconte qu’avant la pandémie, lors d’une soirée au bar avec son ami Pierre Labrie durant le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la paire avait recruté une vingtaine d’auteurs qui jouaient de différents instruments. Un groupe de musique s’était alors créé et tous les directeurs des Salons du livre avaient accepté de l’ajouter à leur programmation. On entend d’ailleurs entre les branches que le projet serait en processus de redémarrage.






