L’épidémie de myopie inquiète des experts

La myopie apparaît durant l’enfance. (Photo : Adan Cochet)
La moitié de la population mondiale pourrait être myope d’ici 2050, selon une étude publiée dans la revue Ophthalmology. Cette épidémie de myopie, entre autres causée par notre mode de vie, inquiète des experts de la santé oculaire au Québec.
La myopie est un trouble visuel caractérisé par une vision nette des objets rapprochés et une vision floue des objets éloignés, selon l’Association des optométristes du Québec.
Les chiffres qui prévoient que la moitié de la population pourrait être myope d’ici 2050 proviennent d’une étude du chercheur Brian A. Holden, publiée en 2016. La méta-analyse a réuni les données de plus de 145 études, incluant plus de deux millions de participants.
Les chercheurs s’intéressent aux causes multiples de cette épidémie, car elles sont évitables. En effet, la génétique est un facteur important, mais n’explique pas tout, selon le professeur titulaire à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal, Langis Michaud.
L’environnement dans lequel l’enfant grandit, par exemple, joue un rôle primordial dans l’apparition de ce trouble de la vision.
« Le corps humain s’adapte. Donc, si vous regardez toujours de près, l’œil va se spécialiser à regarder de proche », explique Langis Michaud.
Les espaces urbains et denses, avec des bâtiments et des immeubles, ne permettent donc pas à l’œil de regarder au loin et d’être en bonne santé.
Selon le professeur et chercheur en ophtalmologie, Patrick Rochette, la myopie est « essentiellement due à notre mode de vie ». Il explique notamment que la scolarisation des enfants favorise l’apparition du trouble. Les jeunes sont enfermés dans des classes plusieurs heures par jour durant leurs études. Leurs yeux s’habituent à lire, à fixer le tableau. Ces comportements ne laissent pas le temps ni l’espace nécessaire aux yeux pour se reposer.
« On a aussi des temps d’écran plus importants et des distances de lecture beaucoup trop courtes », déplore Patrick Rochette.

Patrick Rochette est chercheur au Centre de recherche du CHU de Québec. (Photo : courtoisie)
Comment se protéger ?
La myopie n’est pas une fatalité, il existe plusieurs attitudes à adopter pour réduire les risques d’en être atteint.
« Le premier élément pour prévenir l’arrivée de la myopie, c’est que les enfants jouent au moins deux heures par jour dehors », soutient M. Rochette.
Dr Michaud rappelle aussi que les rayons solaires et l’exposition extérieure ralentissent le développement du trouble. « Les jeunes qui vont avoir tendance à jouer plus dehors et faire moins de trucs à l’intérieur vont faire moins de myopie. »
Le professeur et chercheur en ophtalmologie déconseille aussi fortement l’exposition aux écrans « avant l’âge de 12 ans ».
Une bonne alimentation et un sommeil réparateur sont aussi des facteurs d’une bonne vision.
Des risques accrus
Au-delà du simple problème de vue, la myopie peut aussi entraîner des complications. « La myopie faible, ce n’est pas un problème. C’est juste qu’on retrouve de plus en plus de cas très sévères de myopie », affirme le Dr Michaud. Ces cas risquent de devenir de plus en plus fréquents dans les années à venir, car la moitié de la population mondiale pourrait être atteinte de ce trouble.
« On va avoir beaucoup plus de cataractes, on va avoir des glaucomes qui sont très difficiles à contrôler. Dans le pire des cas, il va y avoir des hémorragies à l’intérieur de l’œil qui peuvent vous rendre aveugle », détaille M. Rochette.
L’optométriste aimerait voir le Canada investir plus de ressources et de moyens pour lutter contre l’épidémie.
« L’Organisation mondiale de la santé avait sonné à l’alarme dès 1995. Le gouvernement chinois, lui, a décrété que la lutte contre la myopie devenait une politique nationale. Il faut peut-être s’en inspirer jusqu’à un certain point. »






