Difficile de mettre du bœuf québécois dans nos assiettes

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Selon le MAPAQ, la consommation de bœuf par Québécois est d’environ 34 kilos par année. (Photo : Samuel Fournier)

Pourquoi ne voyons-nous pas davantage de bœuf québécois dans nos épiceries? C’est la question que pose Justin Laramée dans son Balado Front de bœuf, en ligne depuis le 3 novembre sur la plateforme Ohdio de Radio-Canada.  Des acteurs régionaux se prononcent sur cette problématique qui affecte le secteur agricole québécois.

« Ça fait longtemps qu’il y a des problèmes [avec le bœuf]. Des problèmes avec l’abattage », exprime Jean-Thomas Maltais, président régional de l’UPA Saguenay–Lac-Saint-Jean.

« C’est un mal nécessaire l’abattage, ça doit être extrêmement bien accompagné par le gouvernement. On doit avoir des installations plus modernes. Nos abattoirs sont à moitié tout croches, des technologies du passé. »

Il y a deux types d’abattoirs au Québec : les abattoirs fédéraux et les abattoirs provinciaux. La différence entre les deux : la viande peut être vendue au public pour les premiers alors que, dans l’autre cas, la viande est pour une consommation personnelle.

« Au Québec, il manque probablement un peu d’abattoir, mais la priorité serait d’améliorer celles que nous avons déjà », exprime Jean-Thomas Maltais.

Selon Maryline Rousseau, agricultrice qui siège au conseil d’administration des Producteurs de bovins du Saguenay–Lac-Saint-Jean, nous ne sommes pas au courant d’où provient la viande consommée au Québec.

« Quand tu demandes au boucher, souvent, lui-même ne sait pas la provenance de la viande. »

La vache de réforme

Bien souvent, la viande achetée par les consommateurs n’est pas seulement du bœuf, mais aussi de la vache laitière.

Une vache de réforme est une vache qui n’est plus en mesure de remplir sa fonction principale, c’est-à-dire donner du lait, et qui est envoyée à l’abattoir. Malgré cela, Mme Rousseau maintient que le bien-être animal reste une priorité.

« Nous, nos vaches, on les aime, on veut abréger leurs souffrances et leur faire faire le trajet [vers l’abattoir] le plus court. »

Des règles strictes : que mange-t-on ici?

Maryline Rousseau est productrice laitière à Alma et vient tout juste d’acheter un nouveau cheptel avec un robot. / (Photo : Samuel Fournier)

Selon Maryline Rousseau, les normes sont plus difficiles avec les vaches fragilisées*, ce qui complique la proximité d’abattage.

« Avec une vache fragilisée, les gros abattoirs vont mélanger sa viande avec une viande plus jeune et plus grasse, ce qui est impossible avec les petits abattoirs. »

Il y a tout de même des raisons valables pour ces règles hyper sévères, selon M. Maltais. « Il y avait des fraudes dans le temps avec les viandes non comestibles. Les abattoirs payaient pour des vaches qui étaient déjà mortes dans le champ. »

*Vache fragilisée : Selon Maryline Rousseau, une vache fragilisée est une vache qui a de la difficulté à marcher ou qui est considérée comme trop maigre. Ça peut aussi être une vache en très bonne santé, mais qui est sur le point de vêler.

 

Les gros mangent les plus petits

« Sur ma ferme, j’en ai vendu de la viande. On n’est tellement pas assez efficaces en coût de production. Le prix auquel il faut que tu vendes, c’est bien plus cher qu’en épicerie. Les gros abattoirs ont des coûts de production plus bas, ils peuvent casser les reins à bien du monde avec ça », explique le président de l’UPA.

Mme Rousseau abonde dans le même sens. « C’est difficile de se battre contre de grosses entreprises. »

Un vétérinaire doit être sur place à longueur de journée pour un petit abattoir et les coûts sont astronomiques selon Jean-Thomas Maltais. Il ajoute que le volume d’abattage n’est pas assez élevé pour justifier cette dépense, en plus du manque de vétérinaires.

Des solutions possibles

M. Maltais et Mme Rousseau restent optimistes et proposent des pistes de solution. « Le MAPAQ travaille très fort et sur beaucoup de choses pour améliorer l’efficacité dans les abattoirs, notamment avec la télé-inspection. C’est-à-dire, faire l’inspection par appel vidéo. Je crois que ça va aboutir dans la prochaine année. L’idéal serait de garder des abattoirs de proximité dans nos régions pour réussir à vendre dans notre région, mais le prix va toujours rester plus élevé », résume M. Maltais. 

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