Librairies généralistes : lire pour « ouvrir ses horizons »

Pour Maximilien Bouchard, propriétaire de la librairie Marie Laura, « le livre est un moyen de sauver le monde, car tout brûle, les gens ne se parlent plus, mais les gens qui lisent beaucoup vont plus parler et débattre. » (Photo : Mathilde Bellon)
Dans une société polarisée politiquement, les librairies généralistes optent pour un créneau empreint de liberté : offrir de tout pour tout le monde. Ainsi, la possibilité d’ouvrir les horizons des clients est immense.
Pour la directrice générale de l’Association des libraires du Québec (ALQ), Gabrielle Simard, même chez les libraires, la neutralité n’existe pas : « Dépendamment des intérêts des libraires, ça peut teinter les options dans la boutique. »
Or, la ligne éditoriale d’une librairie généraliste dépend surtout de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas. Maximilien Bouchard est propriétaire de la librairie Marie Laura à Jonquière et son objectif est de servir la population au complet. « On essaie de se mettre dans la peau de ce qu’aiment les gens et de ne pas se laisser influencer par ce qu’on aime, même si c’est un biais inconscient. »
La gestionnaire de la librairie Le Kiosque du quartier à Arvida, Colline Rayé, le rejoint sur ce point. « Il faut savoir mettre une barrière. On est là pour accompagner le client vers ce qu’il préfère, même si ce n’est pas ce qu’on va lire. »
La relation entre le libraire et ses clients
« Mon but est de vendre des livres puis, en faisant cela, d’ouvrir les esprits », déclare M. Bouchard.
« C’est dans la relation qui se créer qu’on arrive à faire découvrir des choses au client, affirme pour sa part la directrice générale de l’ALQ. Si la première fois qu’il vient on le remballe et qu’il retourne chez lui en se sentant jugé, il ne reviendra pas. »
En agissant ainsi, un libraire pourrait perdre une occasion de vendre et de faire des suggestions inhabituelles à son client. « La relation avec le client ne commence pas toujours sur une suggestion qui nous ravit, mais si on ferme la porte, il n’y aura pas d’autres occasions », assure Mme Simard.

La variété du personnel engagé est une force pour une librairie : « Ça arrive que dans une équipe il y ait quelqu’un qui n’ait pas envie de vendre tel livre mais à côté, quelqu’un d’autre va se sentir capable de le faire », explique Mme Simard. (Photo : ALQ)
Ces occasions, M. Bouchard les perçoit comme l’opportunité de « challenger les gens sur des idées plus complexes ou en dehors de leur champ d’intérêt. »
Ce défi va dans les deux sens. « J’ai déjà commandé des livres d’antivaccins même si ça va contre mes valeurs, avoue M. Bouchard. Si tu refuses, ça va conforter les gens. Il faut tisser un lien avec eux parce que sinon, ils se marginalisent puis ils restent dans leur bulle. »
Le livre comme moyen politique
Selon Mme Simard, dans le contexte politique actuel, surtout à l’échelle internationale, « les gens ont besoin de s’informer sur un paquet de choses ». Une offre variée permet à un maximum de personnes de se renseigner davantage sur des enjeux importants.
« Si les gens lisent beaucoup, ça change leur manière de penser les enjeux et ça ouvre leurs horizons. Peu importe ce que tu lis », affirme M. Bouchard.

À la librairie Marie Laura, l’offre politique est large : des essais québécois, des livres sur les dangers du fascisme, des biographies allant de celle de Barack Obama à celle d’Anthony Hopkins en passant par celle d’Elon Musk. (Photo : Mathilde Bellon)
« Si tu veux comprendre ce qui se passe dans la tête de certaines personnes, il faut que tu les lises. » En disant cela, M. Bouchard donne l’exemple de Mein Kampf écrit par Adolf Hitler. Cet ouvrage est disponible à la librairie Marie Laura dans une édition qui remet en contexte les propos écrits. « Il faut que ces livres-là soient encore disponibles pour qu’on apprenne de ces erreurs-là, mais il ne faut pas en faire la promotion », revendique le propriétaire de la librairie.
Pour Mme Rayé, ses idées politiques ne doivent pas influencer sa manière de travailler : « Tout le monde n’a pas les mêmes idées politiques et tout le monde a le droit de lire ce dont il a envie. »

Vue la quantité de livres disponibles dans les librairies, « il est plutôt facile de ne pas faire la promotion de quelque chose », défend Mme Simard. (Photo : Mathilde Bellon)
Éviter la polarisation
Les libraires doivent éviter la polarisation de plus en plus présente dans la société, selon M. Bouchard, en offrant des livres de tous les horizons.
Il donne l’exemple de l’auteur Mathieu Bock-Côté qui écrit notamment sur la souveraineté du Québec. « Si quelqu’un ne voit aucun de ses livres dans la librairie, il pourrait ne pas se sentir à sa place. »
Pour Mme Rayé, « lire c’est une culture, de l’imaginaire, un moyen de se regrouper et d’échanger. » La librairie Le kiosque du quartier propose une fois par mois un club de lecture : une belle manière d’échanger et de découvrir. « Ça regroupe du monde qui pourtant ne lit pas la même chose de base, mais là on se regroupe autour d’un livre, même si ça ne nous plaît pas forcément », s’enchante-t-elle.






