Quand notre quotidien change de couleur

Argent, blanc, noir, gris : dans un stationnement, les verts et jaunes pétants sont plus rares d’après Axalta. (Photo : Diego Pinto de Queiros).
Où sont passés le bleu, le vert, le rouge et le jaune ? En quelques décennies, la couleur s’est faite discrète dans notre quotidien, au point que ceux qui tiennent encore à en avoir doivent mettre la main au portefeuille.
Il suffit de jeter un œil par la fenêtre pour voir qu’au Saguenay–Lac-Saint-Jean comme ailleurs, les objets qu’on utilise tous les jours semblent avoir troqué la couleur pour le sobre.
Selon un rapport publié en 2025 par Axalta, fabricant de peinture pour carrosserie, le blanc (31 %), le gris (21 %) et le noir (19 %) ont dominé la production automobile nord-américaine. Le bleu atteint 10 % des véhicules et le rouge 7 %, une hausse qu’Axalta attribue au désir des conducteurs de personnaliser leur voiture. Chez les concessionnaires, certaines couleurs sont devenues payantes. Régis Dufour en a fait l’expérience. Il s’est offert une camionnette bleue et a dû ajouter un supplément pour avoir un véhicule coloré pour un total de 73 000 $.
Certaines couleurs deviennent une option, « puisque la couleur en tant que telle est plus dispendieuse pour le manufacturier », explique le directeur des ventes chez Ford Alma, Janic Fortin. Selon lui, ce supplément ne freine pas ses clients. « Je n’ai personne vraiment qui me dit, écoute, ça n’a pas de bon sens qu’il y ait une surcharge de couleur. Les gens disent, bon, cette couleur-là coûte plus cher, oui ». En 31 ans, Janic Fortin a vu la palette de couleurs changer. À ses débuts, en 1996, « c’était des rouges pompiers, c’était des verts, c’était des blancs très classiques, très purs », se rappelle-t-il.

Plus de huit voitures neuves sur dix sortent de l’usine sans couleur franche, selon Axalta. (Capture d’écran depuis le rapport 2025 d’Axalta).
La sobriété ne s’arrête pas aux stationnements
La sobriété gagne aussi nos maisons. L’enseignante en journalisme et en photo de presse au Cégep de Jonquière, Kate Tremblay, garde un souvenir. « Moi, je me souviens, toute petite, on avait des murs verts dans la maison. […] Alors qu’aujourd’hui, on est dans les petits gris, les petites beiges très pâles ». L’enseignante en publicité au Cégep de Jonquière, Audrey Tremblay, fait le même constat. « On aime mieux avoir des choses plus simples, plus pures, plus naturelles, et ajouter des accessoires de couleurs ». Selon elle, une couleur se démode. « On veut avoir des choses qui durent plus longtemps aussi ».
En publicité, le noir était un choix par défaut parce qu’il coûtait moins cher, explique Audrey Tremblay. Il est désormais recherché pour son esthétique. « Quand on veut avoir quelque chose de sobre, de clean, souvent, on va travailler en noir et blanc », mais « c’est rare qu’on travaille juste en noir et blanc ». Se priver complètement de couleur aurait un prix, selon la professeure. « Je pense qu’on a besoin de couleurs. […] ça a un impact psychologique plus qu’on le pense ».

Les constructions récentes jouent sur les nuances plutôt que sur la couleur. (Photo : Diego Pinto de Queiros).
Mais le noir et blanc ne se démode pas
En photographie, le noir et blanc garde toute sa place. « C’est comme ça que la photo est née, en noir et blanc », rappelle Kate Tremblay. « Pour moi, le noir et blanc, ça fait vintage », nuance l’ancien journaliste devenu photographe amateur, Jocelyn Proulx. « Je me force pour en faire, 10 % noir et blanc. Parce que […] visuellement, c’est autre chose ». Les couleurs éclatantes des années 1980 ont laissé place à des teintes plus douces. « C’est peut-être parce qu’on est tellement stimulés avec les couleurs. […] dans nos téléphones, dans nos écrans, tout ça, qu’on a peut-être un besoin aussi de l’être un peu moins dans certains autres aspects de notre vie », résume Kate Tremblay.

Pendant que le mobilier urbain reste gris, la nature, elle, ne renonce pas à la couleur. (Photo : Diego Pinto de Queiros).
Sur les réseaux sociaux, des influenceurs proposent une solution : passer son écran en noir et blanc. C’est le youtubeur français Léo Duff qui a popularisé l’astuce en 2023. Il compare le téléphone en couleur à un paquet de bonbons, attirant. En mettant le téléphone en noir et blanc, il redevient un simple outil où on le consulte par besoin plutôt que par plaisir, laissant les vraies couleurs reprendre leur place.






