Vaolo : une alternative responsable aux grandes plateformes de voyage

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est plus de 140 expériences qui sont disponibles. (Crédit : Jérémie Bélanger)
Offrir la chance de voyager à moindre impact environnemental, c’est le défi que s’est donné la plateforme d’hébergement et d’expérience en ligne Vaolo. Avec une interface de réservation semblable à ses compétiteurs, l’entreprise mise sur des logements responsables. Une initiative lancée en 2019 qui sort des sentiers battus, mais qui amène un questionnement sur la rigueur des pratiques dites responsables dans l’industrie touristique.
Disponible dans près de 85 pays dans le monde, Vaolo choisit les hébergements qu’il souhaite mettre en ligne. Selon son site Internet, un hébergement doit répondre à un certain nombre de critères parmi les 15 répartis en trois grandes catégories : l’impact socio-économique, l’impact environnemental et l’impact culturel.
L’entreprise ne prend aucune commission sur les locations effectuées : l’entièreté des bénéfices est remise aux hôtes. C’est la Fondation Village Monde, un organisme non gouvernemental à but non lucratif (ONG), qui est derrière Vaolo.
Les limites du tourisme durable
Le professeur au Département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et directeur par intérim de la Chaire en éco-conseil et de Carbone boréal, Patrick Faubert, soulève une question concernant les émissions incompressibles. Une personne qui loue un hébergement se disant « responsable », et qui doit prendre l’avion pour y accéder, voit-elle réellement son empreinte écologique diminuer?

Une émission incompressible est une pollution inévitable, liée à une activité essentielle. Il est impossible de la réduire davantage. (Crédit : Jérémie Bélanger)
Même si certains aspects du voyage, comme l’hébergement, peuvent réduire l’empreinte écologique, d’autres, comme le transport, continuent d’avoir un impact important. Pour qu’une compagnie, qu’elle soit sans but lucratif ou privée, puisse utiliser une approche réellement durable, elle doit être capable de compenser ses émissions incompressibles. « Pour compenser, c’est d’acheter […] des crédits carbone. Ce sont des crédits qui sont générés par différents organismes qui doivent suivre des protocoles précis. Si on veut vraiment acheter un crédit carbone qui est réel, qui n’est pas de l’air, qui n’est pas de l’écoblanchiment, eh bien, il y a certains critères à vérifier », affirme le professeur.
Il fait référence aux critères permettant de reconnaître des crédits, dont les quatre principaux : la méthodologie standardisée, l’additionnalité, la permanence et la vérification.
Patrick Faubert mentionne avoir exploré brièvement la plateforme Vaolo pour vérifier la présence de ceux-ci. Selon lui, l’information n’est pas facilement accessible. « J’ai lu, quand on clique sur ‘compenser votre empreinte carbone’ et ‘en savoir plus’, on voit les projets, on voit comment calculer votre empreinte carbone, mais [les principaux critères], je n’arrive pas à les retrouver facilement. […] Normalement, ça devrait être disponible assez facilement. »
Toutefois, M. Faubert croit que Vaolo présente de bons bénéfices, notamment en permettant aux voyageurs de prendre conscience de l’impact environnemental de leur passage.
Voyager vert, un critère de choix encore niché
« Les recherches disent que certains clients apprécient les pratiques vertes du développement durable, mais à mon avis, elles ne sont pas encore ancrées dans [les habitudes de] consommation », affirme le professeur et directeur des unités de programmes de premier cycle en gestion du tourisme et de l’hôtellerie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Jean Lagueux.

À Saguenay, il y a 38 hébergements qui sont offerts sur Vaolo. (Crédit : Jérémie Bélanger)
Il souligne plusieurs défis pour les entreprises qui souhaitent se lancer dans ce domaine, tels qu’aller chercher l’offre, c’est-à-dire trouver les personnes prêtes à mettre leur hébergement en ligne, et développer un réseau d’une ampleur suffisante pour se démarquer.
Même s’il existe de nombreuses grandes plateformes mondiales de réservation d’hébergements et d’expériences, comme Expedia, l’enseignant à l’UQAM croit qu’ « il y a de la place pour tous ces joueurs » et que Vaolo pourrait contribuer à remodeler certaines pratiques touristiques à long terme, selon les valeurs qu’elle met de l’avant.






