Pierre Lavoie prône le multisports dès l’enfance

Pierre Lavoie travaille avec de nombreux directeurs de programme afin d’améliorer les pratiques auprès des jeunes. (Photo : courtoisie)
Depuis 45 ans, les programmes sport-études permettent à des jeunes de développer leurs compétences dans une discipline en particulier. Mais cette spécialisation comporte des risques, selon le cofondateur du Grand Défi qui porte son nom, Pierre Lavoie.
Maxime Sauvageau
« Pour être actif toute la vie, il nous faut plusieurs compétences dans notre coffre à outils. Il y a des coureurs qui ont pratiqué du cross-country à un très jeune âge, dès le primaire. Ils sont allés en sport-études au secondaire pour pratiquer ce sport, puis au niveau collégial et universitaire. Maintenant, certains ne sont même pas capables de lancer une balle de baseball », témoigne le triathlonien de 61 ans.
Il souligne même que ces athlètes ne savent pas nager ni faire du ski, mais savent seulement courir droit. « La course à pied, ce n’est pas éternel. Tu vas devoir arrêter un jour. Donc, tu as quoi comme outil? Tu te retrouves mal pris. »
Dans son livre intitulé Faut que ça bouge, M. Lavoie dénonce notamment le manque d’activité physique chez les jeunes. Son objectif principal est de les inciter à développer deux compétences supplémentaires en plus de l’activité qu’ils pratiquent déjà.
« Si je fais un sport de glisse ou un sport nautique, je vais me concentrer sur une autre compétence. Dans ces trois sports, ça prendrait un sport individuel. » Selon lui, les athlètes les plus à risque sont ceux qui pratiquent des sports d’équipe.
« Plus tard, lors de leurs études universitaires ou simplement dans leur vie, ils n’auront pas toujours leurs amis. C’est motivant d’être en groupe et le sport-études mise beaucoup là-dessus. Dans le futur, ils n’auront pas toujours leurs amis pour les motiver. »
Santé mentale et pression : un éternel combat
La santé mentale de ces jeunes est souvent mise à l’épreuve dans ces programmes. Inconsciemment, ils développent une certaine pression.

La plupart des joueurs des Élites de Jonquière dans le M18 AAA ont accepté de faire des sacrifices en rejoignant ce programme. Certains ont dû quitter le nid familial et s’installer au Saguenay-Lac-Saint-Jean. (Photo : Maxime Sauvageau)
« Ce poids vient du nombre de jeunes que l’on va prendre dans le programme et ceux qu’on ne prendra pas. Les sports-études ont été mis en place dans les écoles pour aider les jeunes à rester engagés à l’école. Je déplore le sort de ceux qui ne sont pas sélectionnés », souligne M. Lavoie.
La pression s’accentue lorsque les athlètes atteignent un certain niveau de leur carrière. À ce moment-là, ils doivent consentir à des sacrifices pour optimiser leurs chances de réussir dans leur sport. Le psychologue sportif affilié à l’équipe nationale canadienne de patinage courte piste, Alexis Gagnon-Dolbec, n’est pas surpris par ce phénomène.
« Pour les athlètes avec qui je travaille, ça vient généralement d’eux-mêmes. N’importe quel individu qui pratique un sport de haut niveau fait face à une pression inévitable liée à son milieu. »
Même s’il travaille également auprès de la Victoire de Montréal, M. Gagnon-Dolbec insiste lui aussi sur l’importance du multisports. « C’est bien aller chercher de la diversité, surtout pour une question d’équilibre. Plus qu’on va chercher de l’expérience en général, mieux c’est », conclut-il.
Pierre Lavoie rappelle que le Centre de services scolaire des Rives-du-Saguenay est l’un des rares au Saguenay-Lac-Saint-Jean à obliger ses élèves en sports-études à pratiquer d’autres sports, dans le but de favoriser un développement complet.






