Prévention du suicide : Une héroïne à l’autre bout du fil

Il existe 29 centres de prévention du suicide au Québec comme celui où travaille Raphaëlle. En cas de crise de suicide, vous pouvez appeler au 9-8-8 de n’importe où au Canada. (Photo : Courtoisie)
La première voix entendue lorsque tout semble s’effondrer est celle de Raphaëlle, une jeune intervenante en crise et prévention du suicide depuis trois ans. À l’autre bout du fil, son travail, comme celui de ses collègues, est d’une importance essentielle. Un rempart encore trop méconnu.
Jour et nuit, sept jours sur sept, quelqu’un est toujours là au centre de prévention du suicide. Raphaëlle, comme les autres intervenants, répond aux appels de personnes dont la souffrance l’a emporté sur eux. La motivation de Raphaëlle c’est qu’à chaque fois qu’elle répond au téléphone, elle offre une chance supplémentaire à quelqu’un qui n’en voyait plus.
Le quotidien de ces intervenants est loin de l’ordinaire. Parfois, ils reçoivent deux appels en une heure, d’autres fois, pas un durant les huit heures d’un quart de travail. Une conversation peut durer cinq minutes et la prochaine deux heures. Chaque appel a sa propre histoire.
Une ligne fragile
Pour plusieurs, appeler est déjà la plus grande et la plus difficile des étapes. « Je trouve ça tellement courageux d’appeler puis de parler de ce qui ne va pas. Ce n’est vraiment pas facile. Je le dis souvent dans mes appels, mais ce n’est pas moi qui fais le plus gros du job, c’est vraiment la personne à l’autre bout du téléphone », raconte Raphaëlle.

Le conseil de Raphaëlle : « Il ne faut jamais avoir peur de poser la question si une personne a des idées suicidaires. C’est pareil dans l’autre sens : il ne faut pas hésiter d’en parler non plus ». (Photo : Courtoisie)
Une écoute qui dépasse les mots
L’intervention de crise demande une écoute active et une capacité à décoder l’urgence et la détresse sans jamais juger. Parler avec leurs mots et dans un langage familier aide à établir un lien de confiance pendant la conversation. « Il faut embarquer dans leur monde, dans leurs émotions et dans la façon dont ils voient les choses. Je leur dis que c’est le temps de sacrer, crier, pleurer, peu importe, c’est le moment et c’est correct aussi », rassure la jeune intervenante.

Il faut se rappeler que de l’aide est accessible à tous et à tout moment. Il est important de renforcer la prévention du suicide et d’encourager chacun à parler de ce qu’il traverse avant que la situation devienne critique. (Photo : Andrew Litjens)
Derrière le téléphone
La charge émotionnelle est réelle. Ce ne sont pas toujours des fins heureuses et certains appels peuvent laisser des traces. « Quand les gens me disent que je sauve des vies, je ne suis pas d’accord. Dans ma tête, je ne sauve pas de vies, parce que si j’en sauve et bien ceux que j’ai perdus sont aussi ma faute », explique Raphaëlle.
L’équipe d’intervenants est toujours là les uns pour les autres. Ils se changent les idées, ils jouent à des jeux, ils écoutent de la musique jusqu’à temps qu’un autre appel rentre et qu’il faut remettre, en quelque sorte, la cape de superhéros.
Dans notre monde souvent silencieux au sujet de la souffrance mentale, les intervenants en prévention du suicide sont des personnes cruciales. Ils rappellent que peu importe qui et de quel côté, une écoute attentive peut changer une vie de façon positive.
Inquiet pour un ami ?
Même si les personnes en détresse parviennent souvent à dissimuler leurs difficultés, certains signes reviennent fréquemment : paraître triste, découragé ou manquer de motivation, semblé ennuyé comme si on n’avait pas de plaisir, être agressif ou irritable etc.
Il faut toujours prendre les idées suicidaires au sérieux. Cependant, une personne qui pense au suicide n’est pas nécessairement en danger. « Si vous voulez évaluer le niveau d’urgence de la situation, vous pouvez utiliser la méthode « COQ » qui est pour comment, où et quand », explique une intervenante des services québécois de prévention du suicide du Québec.
Ces informations peuvent aider à savoir s’il est important d’appeler les secours. « Plus le plan est précis, le moyen accessible et le moment rapproché dans le temps, plus il faut intervenir rapidement » insiste-t-elle.
Pour vous ou pour un proche, le 9-8-8 est la ligne d’aide en cas de crise de suicide partout au Canada et le 1-866-277-3553 est les services québécois de prévention du suicide au Québec.






