Sportif électronique : passion virtuelle, efforts bien réels

786
0
Share:

Spiritz est l’un des joueurs les plus polyvalents du circuit Rainbow Six Siege X selon un de ses anciens entraineurs, Eric « Fett » Tong. (Photo : Courtoisie)

Gagner sa vie en jouant aux jeux vidéo, c’est possible. C’est le cas de Zachary « Spiritz » Dionne, joueur professionnel sur le jeu Tom Clancy’s : Rainbow Six Siege X. La vie de rêve ? Pas forcément. Plusieurs sacrifices sont nécessaires pour réussir dans ce monde instable.

Le Rimouskois de 24 ans vit en ce moment en Floride avec d’autres joueurs de son équipe 100Thieves. Son rythme de vie est assez particulier. « Sur ma journée de 18 heures, je pratique mon jeu pendant 8 heures. Ensuite, je prépare des stratégies pendant 4 heures. Le reste, c’est manger, gym et dormir. »

À ce niveau de jeu, performer, c’est obligatoire ! Zachary Dionne et son équipe peuvent compter sur le soutien d’un nutritionniste et d’un psychologue pour les aider à être au maximum de leurs capacités.

« J’aime comparer ça à une vie d’athlète. Je pense que c’est la même affaire, mais sur une échelle plus basse. Par exemple, les joueurs de la LNH signent des contrats de millions de dollars, nous c’est 100 000 $. »

Début de carrière

Spiritz joue à Rainbow Six Siege depuis la sortie du jeu, il y a 10 ans. Lors de la pandémie de Covid, il en a profité pour passer beaucoup de temps sur sa console. Toute cette expérience lui a permis de remporter un tournoi à Montréal avec des amis et d’empocher 2 000 $. Il a utilisé cette somme pour s’acheter un ordinateur dans le but de rejoindre la scène compétitive.

L’argent que les joueurs reçoivent vient principalement des résultats de classement lors de la saison et des tournois. (Photo : Courtoisie)

Après quelques années à jouer dans des ligues semi-professionnelles à partir de son appartement, le jeune homme a décidé de se lancer à 100 % dans le domaine. « J’ai packé mes affaires dans mon char : mon bureau, mon ordi, et j’ai conduit 18 heures d’affilée pour aller rejoindre un de mes équipiers à Windsor. »

Après quatre mois à vivre en Ontario, il s’est qualifié pour un tournoi à Paris avec son équipe du temps. Spiritz a remporté un total de 25 000 $ lors de ce tournoi.

 

« C’est là que mes parents ont compris que je pouvais me faire de l’argent avec les jeux vidéo. »

Zachary a pu voyager sur presque tous les continents, gratuitement, avec différentes équipes dans sa carrière.  (Photo : Courtoisie)

Vivre une année à la fois

Les contrats signés par les joueurs avec leurs équipes sont assez volatils, partage l’athlète. « Si l’équipe ne veut plus de moi, elle a deux choix. Le premier est de me laisser sur le banc et de continuer à me payer. Le second, l’équipe décide de terminer mon contrat sans me payer. Dans ce temps-là, je deviens un agent libre. Je négocie moi-même mes contrats. Je sais ce qui est bon ou mauvais. Je sais ce que je vaux et je connais les meilleures conditions pour moi. »

Les conditions peuvent être la durée du contrat, le pourcentage des revenus de la marchandise de l’équipe et le montant prévu au contrat, par exemple.

 

 

Tomber pour mieux se relever

Après avoir vu son contrat terminé par son équipe il y a 2 ans, Spiritz vivait un moment difficile. « C’était vraiment le plus lourd de ma carrière. Je n’étais pas certain de vouloir continuer et mes parents étaient incertains de mon futur. Ils me demandaient si je voulais vraiment continuer à faire ça. »

C’est à ce moment qu’une rencontre lors d’un tournoi à Atlanta a tout changé. Un entraîneur a décidé de construire une équipe avec le Québécois et d’autres joueurs libres. « C’était avec Beastcoast. Pour moi, c’était ma last dance. Si ça fonctionnait, j’allais continuer. Si ça ne marchait pas, c’est la fin de ma carrière. »

En avril 2024, Beastcoast a remportées les honneurs de la ligue nord-américaine en défaisant son ancienne équipe en finale de saison. Cette

Beastcoast a remporté la finale du Major à Manchester en mai 2024 en étant sous-estimé du début à la fin. (Photo : Courtoisie)

victoire leur permet de se qualifier pour un tournoi mondial d’entre-saison à Manchester, en Grande-Bretagne, qu’ils ont remporté également.

« Le feeling que tu reçois, c’est tellement satisfaisant, tu te dis que le travail est accompli. Il n’y a aucun mot qui peut décrire ce que je sentais à ce moment-là. C’est un feeling que je recherche à avoir encore parce que ce n’est qu’en compétitionnant que ça peut arriver. »

Trois millions de dollars américains ont été distribués parmi les équipes présentes au Six Invitational, le tournoi annuel pour déterminer le champion du monde de la saison. Cette année, FaZe Clan a remporté les grands honneurs à Paris et a empoché un million de dollars.

 

Des sacrifices difficiles

Le succès que Spiritz vit en ce moment n’est pas arrivé sans sacrifices.

« Je n’avais pas de vie sociale à l’école ou même après. Même en ce moment, mes amis sont surtout mes coéquipiers. […] Ma famille aussi. Je les voyais seulement aux dîners et aux soupers. Mes pratiques finissaient vers 23 h et mes parents étaient couchés. »

Le plus jeune frère de Zachary, Justin, se souvient de ces moments. « Au début, j’étais sceptique à toujours le voir enfermé dans sa chambre. Mais aujourd’hui on voit que ce qu’il visait, il a réussi à l’atteindre », raconte-t-il, avec fierté.

Zachary profite au maximum des moments qu’il réussit à passer avec sa famille, selon Justin. « Dès qu’il pouvait passer du temps avec nous, il le faisait. »

Être un professionnel dans ce monde est beaucoup plus impressionnant que les gens le pensent, selon son frère. « C’est une chance qu’il peut faire ça. Ce n’est pas tout le monde qui peut. Il faut vraiment être talentueux. »

Share:
Avatar photo