Vote obligatoire, idée réalisable ?

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Au Québec, le vote est volontaire depuis la création de la province.  (Photo : Colin Boucher) 

Aux dernières élections provinciales, environ un Québécois sur trois n’a pas exercé son droit de vote. Alors que le vote est obligatoire dans certains pays, ce mode de scrutin est loin de faire l’unanimité dans la province.  

« On a observé dans plusieurs scrutins récents des gens qui voulaient interroger ChatGPT dans l’isoloir pour savoir pour quel parti voter », explique le professeur de science politique à l’UQAC Étienne Roy-Grégoire.  

Un facteur qui pourrait, selon lui, influencer un questionnement sur le mode de scrutin. « En rendant le vote obligatoire, on force 5 % ou 10 % de la population — qui ne se sentait pas autorisée à avoir une opinion faute de s’être suffisamment informée — à compenser en demandant à ChatGPT pour qui voter, on peut vraiment se demander si la démocratie en ressort gagnante », mentionne Étienne Roy-Grégoire. 

Professeur en science politique à l’Université Laval, Marc-André Bodet considère que « les gens qui s’intéressent à la politique sont convaincus qu’ils ont raison ». Alors que les gens qui s’intéressent plus ou moins à la politique « captent les signaux et s’ajustent en conséquence ». 

Étienne Roy-Grégoire est d’avis qu’imposer une loi obligeant le vote aux citoyens québécois serait dommageable à la démocratie. « Si on rend le vote obligatoire et qu’on ne comptabilise pas les votes annulés, il y a une partie de la voix de l’électorat qui ne s’exprime pas. » 

Au contraire, Marc-André Bodet croit que le Québec gagnerait à rendre le vote obligatoire. « Empiriquement, la meilleure façon d’augmenter le taux de participation à une élection, c’est de le rendre obligatoire. » 

ChatGPT propose un questionnaire pour connaître l’opinion politique de l’utilisateur. (Photo : Colin Boucher) 

Ailleurs dans le monde 

Des pays considérés comme démocratiques ont, eux, décidé de fonctionner avec ce système. La Belgique et l’Australie par exemple, ont présenté respectivement des taux de 87,42% (2024) et 90,7% (2025) lors d’élections générales.  

Les pénalités sont toutefois sévères pour les citoyens faisant abstraction de vote. En Belgique par exemple, une première infraction entraine une amende allant de 40 à 80£ (équivalent de 63,67 CAD à 127,34 CAD). Une deuxième offense fait sauter l’amende à 200£ (313,40 CAD), tandis qu’un troisième délit enlève carrément le nom du citoyen de la liste électorale.  

Pour Marc-André Bodet, « imposer des conséquences financières ou autres à ceux qui ne respectent pas cette obligation-là [le vote], ça ne passerait pas dans la société [québécoise] d’aujourd’hui ». 

Dans la moyenne 

Les taux de suffrage dans un système où l’expression d’un droit de vote est volontaire tournent autour de 60 à 65%. Le Québec se trouve légèrement au-dessus de la moyenne avec 67%.  

En comparaison, la Finlande, une démocratie globalement considérée comme forte, a atteint 72,7% lors des élections générales de 2024. Le Royaume-Uni de son côté est en deçà de la moyenne à 59,7%.  

La pression sociale reste le meilleur moyen de convaincre l’électorat de se prononcer selon Marc-André Bodet. « Laisser des acteurs de la société civile faire de la pression sur ceux qui ne votent pas pour les encourager à voter. Et ça, la recherche est très claire : ça fait augmenter la participation de façon importante. » 

 
 

 

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