Est-ce encore possible de s’ennuyer ?

Share:

La professeure en petite enfance Maria Camila Londono Aristizabal explique qu’il est préférable de prendre une vrai pause, sans écran, pour réellement reposer notre cerveau. (Photo : Emmaëlle Lacave–Jonneaux)

À l’heure où les téléphones occupent chaque moment de silence, l’ennui semble avoir disparu de nos vies, la surstimulation est devenue notre quotidien. 

 

Ce sont 69% des jeunes de 15 à 25 ans qui disent culpabiliser de « ne rien faire » selon une étude menée par Jam (une branche de la firme CROP). Alors que chaque moment vide est rempli par un téléphone, une vidéo ou une activité, nous avons moins d’occasions d’apprivoiser le calme. 

Le psychologue Dr Paul Simard explique qu’il ne faut pas voir les pauses comme « une punition mais comme une occasion de voir ce qui émerge : une envie, une émotion ou simplement du repos ». Il rappelle que l’ennui reste possible, chez les adultes comme chez les enfants. « On ne cherche pas à devenir bon dans l’ennui. On cherche à retrouver une liberté dans notre rapport à la stimulation », affirme-t-il.  

Aux Pays-Bas il existe un terme pour décrire le fait de ne rien faire volontairement, le Niksen. Rêvasser, regarder par la fenêtre ou simplement laisser son esprit vagabonder, l’objectif est simple : ralentir sans être productif. 

Le droit de ralentir  

Alors, est-il encore possible de s’ennuyer ? Oui, à condition de ne plus chercher à fuir systématiquement chaque moment de vide. Comme le dit le psychologue, Dr Paul Simard, « le but n’est ni de remplir toutes les minutes ni d’apprendre à endurer une vie plate. C’est de ralentir sans fuir […] ». 

Selon l’étude réalisée par Jam, 58 % des femmes entre 15 et 25 ans estiment ne pas profiter suffisamment de leur temps libre, contre 48 % des hommes. L’objectif est donc de ne pas renoncer aux activités qui nous font du bien, mais de retrouver le plaisir de ne rien prévoir, ne rien produire et ne rien accomplir pendant quelques instants.  

La professeure en petite enfance, Maria Camila Londono Aristizabal partage le même avis. Selon elle, il est encore possible de s’ennuyer mais « c’est à nous de réguler notre environnement sur-stimulé ». 

Pour retrouver cette liberté, le psychologue propose de commencer simplement : marcher sans écouteurs, attendre quelques instants avant de consulter son téléphone ou laisser un moment de la journée sans programme. Et si finalement ne rien faire était une façon de reprendre possession de son temps ? 

Dès le plus jeune âge  

Selon la professeure en petite enfance Maria Camila Londono Aristizabal il faut aider les enfants dans leur gestion de l’ennui, sans trop les laisser tout seul ni tout leur donner à disposition. (Photo : Centre Mosaïque Québec)

Chez les enfants, l’enjeu est similaire. Les parents peuvent être tentés de proposer constamment des activités pour éviter qu’ils s’ennuient. Pourtant, les laisser chercher eux-mêmes quoi faire, tout en restant présents, leur permet d’explorer leurs intérêts. 

La directrice de la garderie Bébélougas, Valérie Asselin, explique que les enfants ont des temps où ils sont livrés à eux-mêmes pour leur permettre de réfléchir et d’inventer. Ces « jeux libres » laissent place à la créativité, les enfants sont en petit groupe et peuvent manipuler des objets, décompresser. Pour Valérie Asselin il est important de laisser les enfants s’ennuyer. 

La professeure en petite enfance et psychologue de formation Maria Camila Londono Aristizabal explique que ce « sentiment désagréable » est nécessaire dans le développement de l’enfant. Ça va lui permettre de gérer son organisation, d’imaginer des activités et « aider tout ce qui est régulation émotionnelle ». 

Néanmoins le psychologue Dr Paul Simard évoque que l’ennui n’est pas toujours bénéfique. Selon lui, « il y a autant un problème de trop plein qu’un problème de manque de stimulation ». Un instant de vide que l’on choisit de vivre n’est pas comparable à un quotidien marqué par l’isolement, le manque d’activités ou la perte d’intérêt.

Share:
Avatar photo