La grossophobie, un fléau

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GROSSOPHOBIE 

n.f. 

Attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids (Le Petit Robert) 

En 2019, l’apparition d’un nouveau mot dans Le Petit Robert et le Larousse constitue une petite victoire pour plusieurs. Les dictionnaires reconnaissent enfin le terme « grossophobie », un combat que les personnes considérées comme grosses menaient depuis longtemps. Concrètement, qu’est-ce que la grossophobie? Comment se man ifeste-t-elle? Quelles en sont les conséquences? 

*L’utilisation du mot « gros / grosse » dans cet article n’est pas péjorative. En effet, les personnes impliquées dans les mouvements de fat acceptance tentent de se réapproprier le mot.

Selon la fondatrice du site web grossophobie.ca et auteure du livre Grosse et puis?, Édith Bernier, il existe plusieurs types de grossophobie.

Grossophobie évidente:

Type de grossophobie qui rabaisse directement les personnes grosses.

« Les personnes grosses ne travaillent pas et sont paresseuses. »

Grossophobie esthétique:

Conception où le poids a un impact sur la beauté d’une personne.

« Si tu es grosse, tu ne peux pas être beau. »

Grossophobie conspirationniste:

Pensée que les personnes grosses font une promotion de l’obésité et des habitudes malsaines.

« Les personnes grosses encouragent la consommation de malbouffe. »

Grossophobie « médecin du dimanche »:

Idée où les personnes grosses sont forcément malades et ne sont pas en forme.

« Les personnes grosses font du diabète. »

Il y a également d’autres sortes de manifestations de la grossophobie au quotidien. Souvent, elles se font de manière plus subtile et camouflée. C’est ce qu’on appelle les micro-agressions. Ces attaques peu évidentes se traduisent souvent par des commentaires déplacés à l’égard d’une personne grosse.  Alors que ces remarques semblent inoffensives à prime abord, selon la chroniqueuse du blog grossophobie.ca, Catherine Labelle, ces micro-agressions peuvent créer plusieurs troubles auprès des personnes grosses tels que des troubles alimentaires et la dysmorphie corporelle.

 Certains exemples de la grossophobie:

« Tu manges encore? »

« Tu as perdu du poids, ça te va bien! »

« Tu devrais essayer ce type de régime, ça te ferait du bien. »

Toucher le bourrelet d’une personne sans lui demander son consentement.

En mai dernier, une publicité des épiceries Maxi avait été jugée grossophobe par de nombreuses associations, dont ANEB (Anorexie et boulimie) Québec. Celle-ci montrait l’humoriste Martin Matte vêtu d’un fat suit qui mangeait de façon importante. « Ça renvoie à l’idée que la grosseur, c’est une caractéristique dont on peut se moquer. C’est très déshumanisant pour les personnes grosses », affirme Marie-France Goyer. Édith Bernier s’est également prononcée sur la question : « Ça sous-entend que toutes les personnes grosses boivent de la sauce St-Hubert à la canne et qu’elles sont toutes comme ça. »

 

Des conséquences marquées 

Comme dans tous les types de stigmatisation et de discrimination, on peut observer plusieurs conséquences sur les personnes atteintes. En s’appuyant sur le modèle de stress minoritaire de Meyer, la chargée de cours du département de sexologie à l’UQAM Marie-France Goyer explique que « lorsque les groupes marginalisés rencontrent des stresseurs comme l’intimidation, la victimisation ou la discrimination, ça va avoir plusieurs conséquences sur la santé mentale. Ça peut être une diminution de l’estime de soi, une détresse psychologique, mais ça a également un impact sur la santé physique. »

La probabilité de développer un trouble alimentaire, comme l’hyperphagie boulimique, est plus grande chez les personnes grosses. « C’est un cause à effet : plus certaines personnes sont stressées par la grossophobie, plus elles vont manger », explique Marie-France Goyer. De plus, comme les corps plus minces sont ceux qui répondent aux standards de beauté imposés par la société, il peut être tentant pour certaines personnes de perdre du poids rapidement. Elles sont donc plus à risque de développer, par exemple, un trouble d’anorexie ou de boulimie. Elle ajoute également que lorsqu’un être humain est confronté au stress, son niveau de cortisol – l’hormone qui fait augmenter le taux de glycémie dans le sang – monte. Cela peut aussi mener à plus de problèmes de santé et même des gains de poids.

 

Comment être un bon allié contre la grossophobie?

Les alliés, personnes non touchées par la grossophobie, jouent un rôle important contre la discrimination. Leur appui contre cette problématique aide les personnes grosses à la sensibilisation et les aide à combattre la grossophobie.

Il y a plusieurs manières différentes pour aider les personnes grosses lorsqu’on n’est pas touché personnellement par la grossophobie. L’écoute est la meilleure façon de les appuyer. En étant attentifs à leur message, les alliés peuvent ainsi tenter de mieux comprendre la réalité des personnes grosses et de corriger certains de leurs comportements problématiques. D’ailleurs, il est important, pour être un bon allié, de reconnaître ses propres erreurs afin de ne plus les répéter. De plus, la sensibilisation de l’entourage et la participation aident à véhiculer le message anti-grossophobe. La dénonciation des actes grossophobes contribue également à mettre un frein à ceux-ci.

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