Langue française menacée : la publicité du gouvernement fait réagir

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Selon le professeur de français Gabriel Marcoux-Chabot, l’anglais est une langue qui a énormément d’influence. (Photo : iStock)

Le français serait en déclin à cause de l’utilisation d’anglicismes chez les jeunes. C’est ce qu’a exposé le ministère de la Langue française du Québec à travers une publicité humoristique publiée mercredi. Visant à sensibiliser la population, elle a reçu un accueil mitigé.

Présentée sous la forme d’un reportage animalier sur un faucon pèlerin, une espèce menacée, comprenant de nombreux anglicismes, la publicité a conquis certains jeunes. « Je l’ai trouvée super originale et intéressante, ça démontrait bien de façon rigolote la situation du français au Québec », affirme l’étudiante en Sciences humaines au Cégep de Jonquière, Lauraine Villeneuve.

Également étudiant en Sciences humaines, Simon Vigneault est du même avis. « Cette publicité représente l’envergure du problème et va le faire réaliser à quelques personnes. La langue française, c’est quelque chose qu’il faut défendre, si on veut rester un Québec uni et unique. Mais le français est surtout en déclin dans les grandes villes comme Montréal et Sherbrooke, du fait de la mixité culturelle. »

Cependant, pour l’étudiant en communication Simon Chabot, cette publicité n’est pas efficace. « Ça n’aura pas d’impact, c’est davantage drôle et c’est difficile à prendre au sérieux. C’est normal que les termes changent, car on est beaucoup en contact avec les États-Unis. Le plus important c’est que les gens se comprennent. »

Le français ne serait pas menacé

Cet avis est partagé par le professeur de français, langue et littérature du Cégep de Jonquière, Gabriel Marcoux-Chabot.

« Cette publicité est bien intentionnée, elle se veut drôle, mais elle se trompe complètement de cible. Je pense que c’est absolument faux que le fait d’intégrer des mots anglais dans sa vie quotidienne contribue au déclin de la langue française. Dans la vraie vie, aucun documentaire n’intègre des anglicismes de cette façon, ça reste un langage parlé entre jeunes. La publicité mélange les contextes. »

Selon lui, le français n’est donc pas menacé. Cet avis est partagé par la sociolinguiste Anne-Marie Beaudoin-Bégin dans son livre La langue affranchie, publié en 2018. « Une langue n’est pas en danger parce que ses locuteurs emploient les mots d’une autre langue. Une langue est en danger lorsque ses locuteurs arrêtent de la parler. »

Pour Gabriel Marcoux-Chabot, cette publicité pourrait même avoir l’effet inverse que celui escompté. « Dire aux jeunes qu’ils ne parlent pas le bon français, car ils intègrent des mots anglais, ça contribue plus au déclin de la langue que l’intégration en elle-même de mots anglais », conclut-il.

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