Les femmes autistes et le défi d’un diagnostic

Les hommes et les femmes atteints de troubles neuropsychologiques comme l’autisme et le TDAH présentent des symptômes bien différents. Ces différences causent pour les femmes, des difficultés de diagnostic et d’accès aux services d’aide.
Corinne Bélanger
Le stéréotype de la personne autiste veut que ce soit un jeune garçon particulier, mais très intelligent. Même si nous savons maintenant que le trouble du spectre de l’autisme est présent chez tout type de personne, plusieurs professionnels de la santé sont affectés par ce biais lorsque vient le temps de traiter et diagnostiquer ce type de trouble.
Les garçons sont souvent diagnostiqués à un jeune âge tandis que les filles passent souvent inaperçues. Ce phénomène peut être expliqué par la différence des symptômes qui se présentent entre les deux genres d’après la neuropsychologue, Emma Campbell, « Par exemple pour le TDAH, les garçons sont souvent très hyperactifs et turbulents donc on veut les traiter le plus tôt possible. Du côté des filles c’est plutôt qu’elles sont dans la lune ou assez timide donc dans ces cas-là c’est rare qu’elles soient vues par un spécialiste parce qu’elles ne dérangent pas en classe. » Ces différences rendent l’évaluation plus compliquée. Un psychologue qui n’est pas spécialiste en la matière pourrait facilement ne pas remarquer les besoins des jeunes filles selon mme Campbell.
De plus, avec l’âge, il devient de plus en plus compliqué de diagnostiquer l’autisme et le TDAH à cause du mécanisme de défense que la personne développe. « Ce sont souvent les gens qui ont des symptômes plus légers qui arrivent à passer une bonne partie de leur vie à s’adapter, imiter les gens autour d’eux et camoufler leurs différences. » La présidente de la fédération de l’autisme du Québec, Lili Plourde explique le phénomène de « masking » ou la personne autiste utilisera tous les moyens pour dissimuler ses différences et se comporter comme les autres. Les études sur le sujet sont encore à leurs débuts, mais on remarque clairement que les filles et les femmes ont un réflexe de camouflage beaucoup plus développé que les hommes.
Stéphanie Pagé est maman de deux petites filles de neuf ans et quatre ans toutes deux diagnostiquées du spectre de l’autisme et de TDAH. Durant ce long processus d’évaluation, leur mère s’est reconnue dans plusieurs symptômes. Elle a donc entamé des démarches pour sa propre évaluation il y a maintenant cinq ans.
Stéphanie a depuis abandonné ce parcours à cause des prix élevés de chaque consultation et de la charge émotionnelle que tout cela comporte. Lors de sa première visite chez une psychologue, elle espérait rencontrer un professionnel qui voit plus loin que les stéréotypes associés aux vieilles manières de penser. Elle a eu une référence chez une psychologue féminine dans la vingtaine, « Je suis arrivée là-bas pleine d’espoir qu’on m’écoute enfin et finalement j’ai juste eu une grosse déception », exprime -t-elle demandant que la formation sur l’autisme chez les femmes soit plus poussée.
La délivrance
Les femmes autistes et atteintes de TDAH racontent dépenser énormément d’énergie tous les jours pour se conformer aux normes sociales. Comme Guylaine Vincent, qui a été diagnostiquée d’un trouble du spectre de l’autisme, spécifiquement de l’Asperger, à l’âge de 56 ans. « Toute ma vie je me suis posée des tas de questions. Pourquoi ai-je subi un tas de mauvais traitements à l’école ? Pourquoi j’aime autant la solitude ? Pourquoi suis-je autant en décalage avec les autres ? Mes parents n’ont jamais cessé de critiquer ma façon d’être et j’ai pris leurs mots aux pieds de la lettre.» Elle affirme que son diagnostic a été la plus belle chose qui lui soit arrivé. Depuis son diagnostic, Guylaine Vincent a complètement redirigé sa vie avec un changement de carrière en hypnothérapie qui répond mieux à ses besoins et envies.
Pour certains, avoir un diagnostic peut faire toute la différence au quotidien. D’après l’expérience de Dre Emma Campbell, « En mettant une étiquette sur le trouble de la personne, ça lui permet de mieux reconnaitre ses besoins, ça l’aide à demander que ces besoins-là soient respectés auprès d’un employeur, famille et amis. Et c’est aussi juste histoire de leur donner une réponse définitive ».






