Déneigement peut-il rimer avec environnement ?

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Près d’une cinquantaine de déneigeuses et de niveleuses étaient sur les routes après la tempête. (Photo : Carla Spindler)

Entre événements météorologiques inattendus, températures loin des normales de saison ou encore des précipitations abondantes, les villes se retrouvent confrontées à de nouveaux défis de déneigement.

Au Québec, les hivers sont les premiers touchés par le dérèglement climatique, et le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne fait pas exception. Selon des données du groupe de recherche Ouranos, la moyenne annuelle de la température devrait augmenter entre 3 et 6 degrés d’ici 2100. « Il y a une variabilité naturelle du climat, explique Patrick Faubert, professeur au département des sciences fondamentales. Si l’hiver dernier a été plus doux, c’est parce que 2023 et 2024 ont été les années les plus chaudes jamais enregistrées. On a su dernièrement, selon l’observatoire européen Copernicus, que l’année 2024 a même dépassé le fameux seuil de 1,5°C au-dessus du niveau préindustriel. »

S’adapter aux changements des hivers est ainsi devenu un défi incontestable pour Jimmy Bouchard, président de la Commission des travaux publics, à la tête des opérations de déneigement sur le territoire. « La prévision va se faire généralement en fonction des précipitations moyennes annuelles dans la région. Ici, on enregistre, en moyenne, aux alentours de 260 cm de neige. Mais c’est vrai que les dernières années ça varie, donc il faut être en mesure de s’ajuster avec la machinerie et le personnel pour répondre aux différents hivers. »

Comment les anticiper ?

« Avant, on travaillait avec des sous-traitants. En reprenant les opérations de déneigement à l’interne il y a trois ans, ça nous a donné un meilleur contrôle », explique Jimmy Bouchard. Désormais, la ville assure 75% des opérations de déneigement sur son territoire. Au-delà de 1 000 kilomètres carrés de superficie sont entretenus par plus d’une centaine d’employés, affectés au déneigement, avec près d’une cinquantaine de machineries sous la main. Alors qu’en est-il concrètement ?

Le déneigement se décompose en deux phases : l’enlèvement de la neige sur le réseau routier et l’étape de ramassage. Mais face aux différentes sortes de neiges, c’est l’épandage d’abrasifs qui pose le plus de questions. En effet, en dessous de -15 degrés Celsius, les sels de déglaçage perdent leur efficacité. « Lorsqu’on a des épisodes un peu plus « slutcheux », qui sont de plus en plus fréquents, une attention particulière est demandée pour ne pas créer de croûtes glacées sur notre réseau routier. C’est là que le mélange de l’abrasif et de sel de déglaçage va faire son job », ajoute le conseiller municipal de la ville de Saguenay.

Quelques grains font la différence

Confronté aux enjeux climatiques en constante évolution, le service des travaux publics reste à l’affût des nouvelles technologies pour améliorer l’état de ses routes en participant à différentes tables de discussions pour optimiser ses opérations de déneigement. « L’an dernier, on a modifié notre type d’abrasif pour qu’il reste un petit peu mieux au grand vent, parce que le désavantage des abrasifs de petit diamètre, c’est que lorsqu’on a des températures très froides et des grands vents, ils ne collent pas sur la chaussée », explique Jimmy Bouchard.

Le sable se révèle ainsi plus intéressant, mais encore loin d’être parfait puisqu’il va avoir tendance à s’accumuler dans le réseau d’égout pluvial et demande ainsi beaucoup d’entretien. « En utiliser moins, c’est un avantage environnemental, mais aussi un plus au niveau de la performance de nos réseaux d’égouts pluviaux », complète-t-il.

Le sel de voirie est devenu l’ennemi numéro un de l’environnement ces dernières années. (Photo : Carla Spindler)

Les sels de déglaçages constituent ainsi un enjeu écologique majeur, une réalité dont la ville est pleinement consciente. « Ils vont souvent se retrouver dans les cours d’eau. On essaie donc de minimiser les effets en faisant des mélanges d’abrasif et de sel pour diminuer les quantités, développe le président de la Commission des travaux publics. Il y a des endroits où on n’en met tout simplement pas parce qu’on est trop près des cours d’eau ou des bancs de rivières. » Des mesures concrètes sont ainsi mises en place pour atténuer l’impact environnemental des opérations de déneigement.

Trouver des solutions

Remplacer l’épandage de sel par de petites pierres fracturées, voilà une alternative qui tient la route. Si les effets de ce sel résiduel sur la faune et la flore ne sont pas encore connus, ce procédé a su convaincre puisqu’il a été mis en place cette année, au Saguenay, particulièrement utilisée lors des épisodes de gel/dégel.

Il vient ainsi compléter le programme de quartiers blancs, lancé en 2008 par la ville. L’objectif : épandre des abrasifs et des fondants avec une certaine modération sur une plus courte distance. « Si on a un surplus de sel sur un sol, on ne risque pas d’assécher le sol, mais bien les plantes. On rencontre ce phénomène une fois que le printemps arrive et que la neige fond », explique Patrick Faubert. Un programme qui n’a cependant pas prévu de prendre de l’ampleur avant l’hiver prochain, selon Jimmy Bouchard.

Appréhender l’arrivée du printemps, tel est l’enjeu au Saguenay-Lac-Saint-Jean où résilience et adaptation seront le fruit des prochaines saisons.

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