Faute d’entretien, les routes québécoises s’effritent

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La rue Saint-Dominique

La rue Saint-Dominique à Jonquière a fait peau neuve en septembre (Photo : Philippe Jacques) 

Nids-de-poule, fissures, ornières… Le réseau routier du Québec a mauvaise réputation. De Chibougamau à Montréal en passant par Saguenay, le constat est le même : il faut entretenir davantage les routes existantes. 

Ce n’est pas la qualité des matériaux ni les méthodes de construction qui seraient en cause dans la dégradation des routes, selon le professeur en génie civil à l’École de technologie supérieure (ÉTS), Jean-Claude Carret.  

« Ça ne date pas d’aujourd’hui. Ce sont des chaussées qui sont quand même vieillissantes, qui ont été construites il y a 30, voire 40 ans », constate le professeur. 

Souvent, le budget alloué à la réfection des routes sert à remplir des nids-de-poule, et non à réparer des problèmes structurels de la chaussée. C’est un peu comme si vous alliez voir le médecin, il vous diagnostique [un] cancer. Et il vous donne une Advil ou un Tylenol… Ça ne marche pas », illustre M. Carret. 

Jean-Claude Carret

Jean-Claude Carret est un membre du Laboratoire sur les chaussées et matériaux bitumineux (Photo : courtoisie) 

Des routes en (très) mauvais état 

Selon un rapport du Vérificateur général du Québec de 2023, près de la moitié des chaussées de la province est en mauvais état.  

Le professeur en génie civil explique que la forte majorité des travaux de réhabilitation des routes québécoises consiste à utiliser une technique de planage-resurfaçage. Ces travaux consistent à retirer une couche d’enrobé bitumineux (asphalte) pour y appliquer une nouvelle couche flambant neuve.  

Pour l’automobiliste, il semblerait que la route soit entièrement neuve et lisse, mais les vrais problèmes se cachent plus profondément dans la structure.  

Après quelques années, les mêmes fissures ressurgissent : le problème n’est pas réglé. 

Jean-Claude Carret explique qu’une des étapes les plus importantes pour régler ce problème est de planifier les investissements routiers à plus long terme. Généralement ces budgets sont pensés sur des cycles de 3-4 ans, alors qu’il faudrait plutôt réfléchir à 15 ans dans le futur.   

« On n’a pas encore ce type de raisonnement, on essaye de travailler avec certaines municipalités là-dessus, mais c’est encore très peu répandu », conclut-il. 

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean se démarque 

Selon le même rapport du Vérificateur général, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean se hisse au premier rang pour les routes en bon état. 

Pour le conseiller municipal Kevin Armstrong, il s’agissait d’une priorité dans le développement urbain de la ville de Saguenay. « Au Québec, les besoins en maintien d’actifs sont énormes! », a-t-il déclaré. 

Un homme

Il a d’ailleurs présenté sa nouvelle politique de gestion des actifs en même temps que le volet Maintien des actifs du plan triennal d’immobilisations. Dans ce dernier document, la Ville a annoncé un investissement de 24,5M$ en 2026 pour l’entretien du réseau routier, soit plus du tiers du budget total. 

Un problème qui devrait persister 

D’après une étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), le Québec fait face à une problématique alarmante : le déficit du maintien d’actifs.  

En 2024, il fallait 34,9 milliards de dollars pour que les routes soient remises dans un état satisfaisant. D’ici 25 ans, si les routes ne sont pas entretenues adéquatement, cette dette pourrait quintupler, atteignant 33% du produit intérieur brut. 

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