Paris sportifs : une relation amour-haine

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Publicités, partenariats, commentaires de journalistes – personne n’échappe à l’omniprésence des paris sportifs. Dans cet univers à la fois excitant et risqué, la dépendance et l’abus constituent des facettes souvent cachées. 

L’argent misé dans les paris sportifs a explosé de 500 % au courant des dix dernières années d’après une étude de Statista publiée en 2023. Depuis l’entrée en vigueur, en 2021, de la Loi C-218, qui vise à rendre légaux les paris sportifs sur un seul match, les opportunités sont encore plus nombreuses que dans le passé pour placer un pari au Québec et ailleurs au Canada. Un des événements sportifs les plus importants, le Super Bowl, a vu des paris de 23 milliards de dollars cette année comparés à 200 millions en 2020, selon l’American Gaming Corporation. 

Lancien dépendant aux jeux d’argent, Noah Vineberg, craint que les jeunes d’aujourd’hui soient trop exposés à cette drogue. 

« Tu vois juste ça en publicité. Ça m’inquiète de voir à quel point c’est devenu normal. J’ai de la peine pour les jeunes d’aujourd’hui. C’est l’enfer, je sors dans les bars, personne n’est intéressé au match. Je ne peux pas aller nulle part sans que les gens parlent de ça. » 

 

Les paris : combler et créer un vide 

Selon le propriétaire du centre de désintoxication la Maison l’Épervier, Michael Beaudry, la majeure partie des parieurs voient cette industrie comme « une échappatoire » pour combler le vide dans leur vie.  

C’était le cas de Noah. « Je suis enfant unique et en raison de ça je cherchais toujours une manière de me faire des amis. J’utilisais [au début] le gambling pour l’aspect social », explique-t-il. 

Noah Vineberg a repris sa vie en main et est maintenant président du Syndicat des chauffeurs d’autobus de sa région. (Photo : Courtoisie).

Durant son périple de 35 ans dans ce monde obscur, Noah Vineberg a parié plus d’un million de dollars, de nombreuses relations et même sa vie.  

« Peut-être que tu auras plus d’argent dans 10 ans, mais tu auras tout perdu entre. La chose qu’on perd le plus et qu’on ne peut jamais ravoir c’est le temps. Les relations brisées avec la famille, les relations que j’ai partiellement bâties avec mes enfants. Ce temps-là, je veux le récupérer », confie l’Ontarien âgé de 49 ans. 

 

Les vrais perdants  

Compétitions, paris sportifs et réseaux sociaux forment un triangle qui peut devenir infernal pour les sportifs. La frustration après un pari perdu se traduit souvent par des attaques directes sur les réseaux sociaux des athlètes. 

De plus en plus d’athlètes publient les messages haineux qu’ils reçoivent, afin de montrer ce côté de la médaille. La 220e raquette mondiale de la WTA, Alice Tubello, est victime après chaque partie, victoire ou défaite, de plus d’une centaine de messages vicieux à son égard. 

« À l’âge de 16 ans et à mon deuxième tournoi sur le circuit, j’ai reçu des menaces de mort et c’était traumatisant. Maintenant, avec le nombre de tournois et le nombre de parties que j’ai fait, malheureusement, j’ai l’habitude. » 

Le sport, autrefois source de passion et de plaisir, est devenu un champ de guerre pour les parieurs qui ne regardent pas le sport pour sa beauté, mais pour l’argent.  

« Lorsque je pariais, je détestais le sport, c’était presque un job. Je regardais et je prenais mes décisions basées sur des faits au lieu d’une passion », explique Noah. 

Alice Tubello a participé aux qualifications des Internationaux d’Australie en janvier dernier. (Photo : Courtoisie).

« À la base, on joue au tennis pour se faire plaisir et on reçoit des menaces de mort toute la journée, il faut que ça s’arrête, ce n’est pas normal », témoigne la Française. 

Malgré les messages déplacés et les menaces qui ne cessent de se multiplier, Alice Tubello croit que les paris sportifs peuvent avoir ses points positifs. 

« Les paris sont une bonne chose s’ils sont faits comme il faut. Je n’ai rien contre ça puisque ça crée des émotions et de l’engouement envers le sport. Par contre, si ça affecte des sportifs, ce n’est pas possible », conclut la jeune athlète. 

Des changements apportés 

Des mesures ont été mises en place pour contrer ces actes criminels. 

Par exemple, la Fédération internationale de tennis (ITF) s’est associée en 2023 avec la WTA, les organisateurs de Wimbledon et ceux des Internationaux des États-Unis pour combattre la haine en ligne contre les joueurs, les autorités et la famille du tennis. 

Depuis le lancement d’un outil de détection des publications et commentaires haineux visant les joueurs, environ 12 000 messages de ce type ont été repérés selon l’ITF.

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