Marché de l’occasion: les véhicules électriques n’ont pas la cote

« La dure réalité est en train de rattraper les gens qui ont acheté un véhicule électrique parce que le marché est à plat », affirme Marc-Alexandre Tremblay. (Photo : Virginie Mailloux)
La vente de véhicules électriques a atteint un nombre record en 2024 grâce aux incitatifs financiers de Québec et Ottawa. Après avoir été suspendu, le programme provincial Roulez Vert devrait reprendre en avril, mais un concessionnaire de la région spécialisé dans la vente de véhicules d’occasion estime que ces subventions nuisent au marché de l’usagé.
« En général, le marché n’est pas nécessairement heureux de ces incitatifs-là », avance le directeur de l’approvisionnement chez HGrégoire Saguenay, Marc-Alexandre Tremblay. Dans la flotte de 54 véhicules du concessionnaire automobile, on compte 12 véhicules hybrides mais aucun électrique.
« Dans l’usagé, c’est extrêmement dur d’aller chercher des véhicules électriques, je ne suis presque pas capable d’en acheter. En plus, la majorité des gens qui cherchent un véhicule électrique vont aller dans le neuf », témoigne-t-il. Selon ses estimations, un véhicule électrique neuf perd près de la moitié de sa valeur en deux ans, avant de retrouver une courbe de dépréciation standard.
L’année passée, le commerçant s’est procuré 20 véhicules électriques et a réussi à n’en vendre que six. Selon lui, c’est un enjeu qui touche surtout les régions éloignées des grands centres, de par l’autonomie réduite des véhicules à électriques, un agent stressant pour les gens de la région.
« Au Saguenay on a une pensée un peu plus arriérée, un peu plus “de région“ […] Faire 200 kilomètres dans une journée c’est standard », déclare Marc-Alexandre Tremblay.

Il y a 30 bornes de recharge publiques pour véhicules électriques dans un rayon de 15km autour de la Ville de Saguenay. (Photo : Virginie Mailloux)
Le président-directeur général de l’organisation Mobilité Électrique Canada (MÉC), Daniel Breton, s’efforce de démystifier les idées erronées courantes dans son ouvrage 50 mythes et demi-vérités sur les véhicules électriques, paru à l’automne dernier. En s’impliquant depuis plus de deux décennies dans la cause de l’électrification du transport, il a observé une forte opposition à la transition verte qu’il défend. « Les gens disent toujours qu’on n’est pas rendus là, ils ont l’impression que la technologie stagne », déplore-t-il.
L’électrification en chiffres
Selon Daniel Breton, il n’y a « aucune comparaison possible » entre l’empreinte écologique d’un véhicule à essence et celle d’un véhicule électrique. Un calcul réalisé par le MÉC en collaboration avec le Conseil national de recherche du Canada expose que, dans la province canadienne où la production d’électricité est la plus polluante, soit la Nouvelle-Écosse, les émissions de gaz à effet de serre au courant du cycle de vie complet d’un véhicule à essence seraient quatre fois plus élevées que pour son équivalent électrique.
« Il ne faut jamais oublier une chose : quel est le pourcentage du pétrole qu’on brûle dans un véhicule à essence qui est recyclable? Zéro pour cent. Alors que les composantes de batteries peuvent être recyclables à 98 %. C’est possible de les extraire pour les remettre dans une nouvelle batterie », rappelle-t-il.
Le président de MÉC explique qu’au Québec, après environ 25 000 kilomètres, les émissions de gaz à effet de serre d’un véhicule à essence seraient entre 800 à 1200 fois plus élevées que celles d’un véhicule électrique.
Horizon 2035
Le gouvernement provincial a récemment envisagé de retarder l’interdiction de la vente de véhicules neufs à essence en 2035. Daniel Breton déplore cette éventualité, qu’il attribue à l’instabilité du marché automobile en raison des tarifs douaniers ainsi qu’au lobbyisme de certains constructeurs automobiles qui s’opposent à la transition électrique. Il garde espoir qu’il ne s’agit que d’une question de temps avant que les esprits s’ouvrent à la possibilité d’un parc automobile québécois entièrement vert.
Le concessionnaire Marc-Alexandre Tremblay n’est pas aussi optimiste. « Je pense que le marché n’est pas encore prêt. C’est une question de mentalité des gens. Présentement on n’est pas là. » Il assure que les véhicules à zéro émission peuvent être une alternative intéressante, mais réitère que « ça ne répond pas aux besoins de tout le monde. »
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