Une réalité peu reposante pour les commerçants de seconde main

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photo des rayons très organisés et beaux de la boutique vintage Objet Rejet

Marilyn Bouchard achète des vêtements de seconde main à des grossistes ou va directement choisir à la main des pièces vintage qui lui plaisent dans des friperies. (Crédit : Morgane Busson )

Achat-revente ou mode rapide, les propriétaires de commerces spécialisés dans la vente de seconde main font face à de nouvelles problématiques grandissantes. 

Marilyn Bouchard est propriétaire de la boutique vintage Objet Rejet à Jonquière. Ce matin, son commerce est plongé dans le noir. Une coupure d’électricité la laisse sans aucune lumière. Encore fermé au public, les seuls sons qui résonnent dans le petit commerce sont les bips incessants de la caisse enregistreuse. La propriétaire s’excuse, la coupure d’électricité fait dysfonctionner ses équipements.  

La boutique vintage est sans électricité donc il fait sombre

Avec les rangées d’articles sur les présentoirs dans la semi-obscurité, l’ambiance est particulière. (Crédit : Morgane Busson)

L‘endroit a vu le jour il y a moins d’un an et se fait de plus en plus connaître au Saguenay. Il faut dire que le concept est moderne. Ici, Marilyn Bouchard et ses employés trient, lavent et réparent les pièces qu’ils choisissent d’exposer. « J’ai commencé la boutique ici pour que ce soit facile pour les gens qui ne consomment pas nécessairement de la friperie et qui n’aiment pas fouiller », confie la gérante. 

Ce nouveau concept de vente de seconde main fait parfois grincer des dents, pour certains. Guylaine Claveau, la gérante de Friprix à Chicoutimi depuis quatre ans, voit d’un mauvais œil ce système. « On trouve ça spécial. C’est un problème. Les gens viennent acheter ici puis revendent plus cher. Pis y’en a beaucoup », affirme la commerçante. « C’est très compliqué pour nous. La clientèle s’éparpille un peu. Ça nous fait tort. Le commerce est de plus en plus difficile », ajoute-t-elle. 

Photo des rayons dans la friperie Friprix de Chicoutimi

Friprix est une friperie dite « classique », car les vêtements ne sont pas sélectionnés pour correspondre à un style particulier, seulement exposés en fonction des saisons. (Crédit : Morgane Busson)

Marilyn Bouchard, elle, assume totalement cette méthode d’achat-revente. « Il y a 75 % de ce que tu vois dans ces friperies-là qui s’en va à la poubelle. Je ne me sens pas mal quand je sais tout ce qui s’en va au dépotoir. Puis des fois je donne plus d’argent aux boutiques où j’achète parce que je sais que c’est leur source de revenus. Je ne me sens pas mal d’aller chercher une ressource qui est là. » 

« Ya des vêtements pour tout le monde. Je n’ai pas de culpabilité », renchérit la commerçante. 

Les impacts de la mode rapide

Un autre défi majeur auquel font face les boutiques de vente de seconde main, c’est la mode rapide, aussi appelée fast fashion. « C’est pas de la qualité. Ça arrive froissé et déchiré. On voit que la qualité n’est pas pareille, c’est pas la même affaire et on en voit beaucoup plus qu’on en voyait avant », déclare Guylaine Claveau. 

« Des fois, je suis attirée par des tissus qui ont l’air beaux, puis je les touche et je le sais que c’est 100 % plastique, que c’est mal fait. Y’a pas de qualité là-dedans. On en trouve vraiment beaucoup dans les friperies », affirme la propriétaire d’Objet Rejet, elle aussi touchée par ce problème. 

Sa solution à elle, c’est de privilégier les habits datant des années 1990. À ses yeux, tous les vêtements produits durant cette période étaient de meilleure qualité. « Je trouve que t’en as tellement plus pour ton argent d’acheter des produits des années 90, le tissu est encore impeccable et beau », affirme-t-elle. 

Les friperies n’échappent pas à la mode rapide, et les vêtements sont difficiles à revendre, puisqu’ils ne sont pas durables. Ils finissent la majorité du temps à la poubelle. 

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