« Je me trouvais moche » : l’acné et son impact sur la santé mentale

L’Association canadienne de la dermatologie constate que presque tous les adolescents sont concernés par l’acné, soit 9 adolescents sur 10. (Photo : libre de droit)
L’acné est un problème de peau qui touche 85 % des jeunes de 12 à 24 ans au Canada, d’après le Journal de l’Association médicale canadienne. Cela impacte un pilier de la santé mentale des jeunes : l’estime de soi.
L’acné est dépeinte dans la société, à travers l’humour, les bandes dessinées ou encore les films, comme quelque chose de négatif. Le psychologue Maxime De Gelas explique que si la société voit l’acné comme dégoûtante, alors la personne qui en a va finir par se trouver elle-même dégoûtante : « On se voit souvent comme on a été regardé, l’estime de soi et la confiance en soi se construisent à travers l’autre. »
À la période de l’adolescence, où l’enfant se transforme et est en pleine construction, le regard de l’autre et sa validation sont importants : « L’adolescence est une période de grande fragilité narcissique dans le sens où l’estime de soi est en pleine construction ». Maxime De Gelas ajoute : « Quand quelque chose est en travaux, la structure devient plus sensible ». Emma Goupil, qui a eu de l’acné pendant son adolescence, explique que ce qui l’a le plus impactée, c’est la vision qu’elle avait d’elle-même : « Je me trouvais moche, je me disais je ne peux pas sortir comme ça. » Elle s’est donc camouflée derrière du maquillage : « Je ne me trouvais pas plus belle mais je me disais au moins les gens ne vont pas le voir. »
La peau, et surtout le visage, sont les premières marques de l’identité visible d’une personne. Le visage fait passer des émotions, transpire, rougit : « C’est avec ça qu’on rentre en contact avec autrui », met en avant Monsieur De Gelas, c’est primordial dans le rapport à l’autre. La peur d’un changement dans ce regard peut créer de l’angoisse et un profond malaise, explique le psychologue.
Se construire à travers le regard de l’autre crée un miroir qui peut être déformé. Les réseaux sociaux et l’utilisation de filtres à outrance déforment la perception d’une peau réelle. D’après Maxime De Gelas, cette image peut créer chez les jeunes « de l’anxiété, de la tristesse, ça peut changer l’image de soi et donc mener à se replier et s’isoler. » Pour Emma l’acné l’a faite se renfermer sur elle-même : « Je faisais tout pour qu’on ne me remarque pas, je me disais que si on ne me voit pas, on ne voit pas que j’ai des boutons. »

Un grand nombre de produits existent pour les personnes ayant de l’acné. Beaucoup de promotions sont faites sur les réseaux sociaux.(Photo : Esther Dalbeigue)
Mais les réseaux sociaux n’ont pas un rôle uniquement négatif, explique le psychologue. Ils permettent aussi de dédiaboliser l’acné en en parlant, en normalisant des choses qui existent, à l’aide de mouvements, comme le “ body positif ”.
Pour le psychologue, il faut faire comprendre aux gens que ces émotions sont valides, que ce n’est pas juste une question d’esthétisme ou de superficialité, et que la douleur est bien réelle.
L’acné peut causer des troubles dysmorphiques, explique Maxime De Gelas, les personnes touchées ont « l’impression que les autres ne voient que ça ». Emma, qui aujourd’hui n’a plus de boutons, explique qu’il faut vivre sa vie et surtout être soi-même.






