Sauver la planète, un vêtement à la fois

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Plusieurs boutiques de vêtements vintage s’installent dans des locaux avec une esthétique qui rappelle celle de leurs produits, comme The Thirteen Club, à Québec. (Photo : courtoisie)

Plusieurs boutiques de vêtements vintage s’installent dans des locaux avec une esthétique qui rappelle celle de leurs produits, comme The Thirteen Club, à Québec. (Photo : courtoisie)

Près de 345 000 tonnes. Voilà la quantité de vêtements enfouis au Québec en 2023 seulement, selon Recyc-Québec. Ce chiffre a de quoi donner le vertige, mais explique aussi le nombre croissant de friperies au Québec. Si certains visitent ces magasins pour économiser, d’autres le font par conscience écologique ou encore pour suivre les tendances vestimentaires.

Marilyn Bouchard a ouvert Objet rejet, une boutique de vêtements seconde main vintage située à Jonquière, il y a un peu plus d’un an. Son objectif est simple : démocratiser ce mode de consommation pour sauver le plus de vêtements possible. « Il faut arrêter de penser que le seconde main est seulement pour les personnes à faible revenu. Le seconde main est pour tout le monde, parce qu’il y a beaucoup trop de vêtements qui existent », exprime-t-elle.

Force est de constater que les statistiques lui donnent raison puisqu’il y a actuellement 100 milliards de vêtements produits chaque année selon un rapport de la firme Mckinsey. La démarche de la jeune femme est simple, elle sillonne les friperies d’un peu partout au Québec pour mettre la main sur des pièces vintage et les revend, à prix plus élevés, à sa boutique. Ses étiquettes varient généralement entre 20 et 50 dollars.

« Tout le monde devrait aller en friperies, mais ce n’est pas tout le monde qui aime chercher dans ces places-là ou qui a le temps. Moi, j’aime faire ça, alors si je peux faire une boutique, surtout en région, pour rendre le seconde main plus accessible, pourquoi pas ? »

La boutique de Marilyn Bouchard accueille une clientèle assez jeune, souvent âgée entre 16 et 30 ans. (Photo : Félix-Antoine Turgeon)

La boutique de Marilyn Bouchard accueille une clientèle assez jeune, souvent âgée entre 16 et 30 ans. (Photo : Félix-Antoine Turgeon)

Bien que ce modèle d’affaires soit de plus en plus répandu, certains voient un enjeu éthique dans le fait d’acheter des vêtements usagés pour les revendre plus chers. La directrice générale de la Maison de quartier de Jonquière, un organisme à but non-lucratif, Cyndie Gauthier, constate effectivement une hausse de ces revendeurs, mais ne semble pas en être préoccupée. « Dans le contexte où les textiles sont parmi les plus grands polluants, ça ne nous dérange pas que des friperies viennent s’approvisionner chez nous parce qu’ils nous aident aussi à écouler des vêtements », avoue-t-elle.

Si le modèle de Marilyn Bouchard fonctionne bien pour revendre à petite échelle, il n’est pas réaliste pour des entreprises de plus grande ampleur. C’est pour cette raison que le propriétaire de la boutique The Thirteen Club à Québec, Jacob Tremblay, qui expédie majoritairement des vêtements aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Asie, doit s’approvisionner à l’extérieur de la province. Il fait affaire avec un fournisseur torontois qui récupère ce que les centres de dons d’un peu partout dans le monde n’ont pas accepté, puis sélectionne les morceaux un à la fois.

Après quelques années de vente exclusivement en ligne, Jacob Tremblay, aidé par sa copine, a récemment ouvert une boutique dans un local centenaire de la rue St-Joseph à Québec. (Photo : Courtoisie)

Après quelques années de vente exclusivement en ligne, Jacob Tremblay, aidé par sa copine, a récemment ouvert une boutique dans un local centenaire de la rue St-Joseph à Québec. (Photo : courtoisie)

Souvent, ces pièces ont une dimension historique puisque certaines d’entre elles peuvent dater d’aussi loin que 1950. « Le comptoir d’aide va peut-être accepter 50% de tout ce qu’il se fait donner, après ça le Village des Valeurs va peut-être en prendre 30%. Nous, à la fin de l’échelle, c’est un minuscule pourcentage qu’on va pouvoir utiliser » explique le jeune entrepreneur. Cette différence entre la sélection des friperies traditionnelles et celle de sa boutique les rend, à son avis, impossibles à comparer. « C’est comme si on disait que Louis Vuitton et H&M sont deux marques de vêtements similaires parce que ce sont deux marques de vêtements neufs. »

La propriétaire d’Objet rejet est sensiblement du même avis : « Je souhaiterais qu’il y ait autant de boutiques de seconde main qui se spécialisent dans certains styles, qu’il y en a dans le neuf ».

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