Les élections municipales, des élections qui désintéressent

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Pierre Turcotte explique que Saguenay est une ville problématique du fait de sa grande taille et sa faible densité de population. (Photo : Emma Heriech).

« Les gens ne se retrouvent plus dans la politique », explique le politologue Pierre Turcotte. Depuis plusieurs années au Saguenay, le vote est en déclin. Alors que le taux de participation aux élections municipales de 2001 atteignait 67%, il ne s’élevait qu’à 47% en 2021, et n’est pas près de remonter selon le spécialiste.

Ici le taux de participation au vote pour les élections municipales de 2021 a chuté en vingt ans à Saguenay. (Photo: Élections Québec)

 

Les raisons de cette abstention sont liées à divers facteurs. À commencer par les enjeux abordés par les municipalités, plus techniques et moins moraux. Selon Pierre Turcotte, c’est l’émotion qui amène à voter : « quand les gens sont mécontents, qu’ils ont un intérêt personnel, alors ils vont voter. Mais les décisions qui les impactent le plus sont à échelle nationale ou provinciale. » Le politologue déplore aussi un manque d’informations autour des enjeux des municipalités : les citoyens connaissent mieux l’actualité nationale et internationale que celle de leur ville.  « On est tout le temps connectés sur autre chose mais de moins en moins connectés à notre réalité », déplore-t-il.

Le taux de vote est également influencé par la compréhension des enjeux de la politique et ses mécanismes. Pour Pierre Turcotte, l’éducation politique des citoyens n’est pas assez poussée et mène à des amalgames : « Il y a du bouche à oreille, ça fait comme un jeu du téléphone et il faut démêler le vrai du faux pour que les gens votent mieux. »

Un manque d’intérêt à double sens

« Aujourd’hui la politique est déconnectée de la population, et les gens le sentent. Pourquoi les citoyens s’intéresseraient à des gens qui ne se soucient pas d’eux ? », questionne Pierre Turcotte. Ce sentiment de désintérêt politique se fait sentir surtout chez les jeunes. Les sujets abordés par les municipalités ne correspondent pas à ceux qui les touchent personnellement. « Il faudrait que les jeunes prouvent qu’ils sont là aux urnes. Ça montrerait aux personnalités politiques qu’elles doivent revoir leurs sujets pour englober une plus grande partie de la population », explique le politologue.

Les sondages jouent aussi un rôle dans le taux de participation au vote. Si un candidat est déjà désigné comme favori par les intentions de vote, les citoyens peuvent être découragés. « Les gens se disent que le candidat a gagné d’avance et que leur vote ne servira à rien », assure Pierre Turcotte. Même principe dans les petites municipalités où des gens sont souvent élus par acclamation. Le candidat est donc élu sans opposition, ce qui peut questionner le rapport à la démocratie des citoyens ou leur offrir une vision négative de la politique. « On ne peut pas leur en vouloir aux gens, des fois c’est vrai que ça a l’air d’être un monde de pourris », conclut-il.

Des citoyens qui ont peu confiance en leurs politiciens

Pour plusieurs citoyens rencontrés dans les rues de Saguenay, toutes ces raisons les font renoncer aux urnes. « Je ne prends pas le temps de regarder ce qui se passe en haut, explique Célia Gagné, les politiques disent des choses mais ça ne se réalise pas, donc pourquoi m’en mêler ? » Un avis que partage Guy Lafarge, qui déplore un manque de confiance entre citoyens et personnalités politiques : « Je m’attends à ce qu’il y ait des magouilles et des trucs tout croches comme d’habitude. Les politiciens, c’est les dernières personnes en qui je vais avoir confiance dans ma vie. »

 

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