Ces élèves francophones qui choisissent le cégep en anglais

Certains étudiants voyagent par transports en commun pendant plus de trois heures par jour pour étudier au Cégep Vanier, situé dans l’ouest de l’île de Montréal. (Crédit : Émile Leboeuf)
Les cégeps anglophones attirent des élèves issus d’écoles secondaires francophones depuis plusieurs années. En réaction, le gouvernement du Québec a instauré la Loi 14, notamment pour limiter le nombre de jeunes qui veulent changer leur langue d’apprentissage pour leurs études supérieures. Mais pourquoi plusieurs optent tout de même pour l’anglais au cégep ?
La Loi 14 stipule que les détenteurs d’une déclaration d’admissibilité ont priorité pour être admis dans les cégeps anglophones. Concrètement, cela veut dire que si l’un des parents de l’élève a déjà étudié en anglais, son dossier sera priorisé. Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, la proportion d’étudiants dans les établissements collégiaux anglophones était de 17,8 % en 2021 et elle passerait à 14,6 % d’ici 2031.
Les grandes universités anglophones attrayantes
L’un des raisonnements est l’accessibilité aux universités anglophones. C’est ce qu’avance Neila Tighilet, finissante au secondaire en Montérégie et future étudiante au Collège Dawson. « Je voudrais aller en médecine et la meilleure université, c’est McGill. Pour moi, passer par un cégep anglophone facilitera mon intégration à l’Université McGill. » Elle ajoute également qu’elle ne craint pas de régresser en français en raison de son entourage francophone.

Le Collège Dawson est le cégep avec la plus grande population étudiante au Québec, alors que c’est environ 10 000 collégiens qui fréquentent l’établissement en 2025, selon le Portail du réseau collégial. (Crédit : Émile Leboeuf)
Ce n’est pas l’unique réflexion derrière le choix des élèves. Nicol Shainerman, une élève de la même région dont le français n’est pas sa langue maternelle, semble se méfier du français au niveau collégial, alors qu’elle s’apprête à débuter au Cégep Vanier. « C’est encore difficile pour moi de m’améliorer en français. Je trouve l’anglais plus facile. C’est l’une des raisons qui m’a poussée à aller à Vanier. »
Ce raisonnement n’est pas systématique selon un enseignant d’anglais en 5e secondaire à l’École Louis-Philippe-Paré, à Châteauguay, Jean Rocco. Il est souvent consulté par ses élèves qui veulent se renseigner sur le niveau de difficulté des cégep anglophones. « L’anglais au cégep n’est pas nécessairement plus facile que le français », affirme-t-il, ajoutant que « le niveau devient aussi plus exigeant » dans la langue de Shakespeare.

Jean Rocco est enseignant d’anglais en 5e secondaire à l’école Louis-Philippe-Paré, à Châteauguay. (Crédit : Courtoisie)
Les mentalités changent
L’ancien diplômé de l’Université Concordia a néanmoins remarqué du changement dans ses classes. « Il y a plusieurs années, c’était rare de voir des élèves qui avaient de l’intérêt envers les cégeps anglophones. De nos jours, plusieurs me demandent conseil pour savoir s’ils devraient aller à Dawson, Vanier ou autre », témoigne Jean Rocco.
L’enseignant d’anglais pense que cette tendance résulte aussi de la place de la langue dans la société. Il estime que parmi les élèves qui lui demandent s’ils ont le niveau d’anglais nécessaire pour les cégeps anglophones, la plupart en ont la capacité. « Avant, le partage du contenu numérique francophone et anglophone était plus équilibré. Maintenant, la grande majorité est en anglais, ce qui facilite l’apprentissage de la langue. »
Le Collège Champlain : un cas particulier
La réalité du Collège Champlain Lennoxville, en Estrie, illustre davantage cette tendance. Environ 50 % des étudiants viennent d’écoles secondaires francophones, selon le site de l’établissement. À noter que le partenariat avec l’Université Bishop’s permet aux étudiants du campus de Lennoxville d’avoir accès aux installations universitaires, telles que les bibliothèques, les laboratoires et les résidences.






