L’importance culturelle du doublage québécois

La loi sur le cinéma de 1975 oblige les films étrangers à être doublés ou sous-titrés au Québec pour obtenir un visa d’exploitation. (Gouvernement du Québec)
(Photo : Chrystian Dallaire)
L’industrie québécoise du doublage de films et de séries mériterait d’être davantage reconnue, puisqu’elle offre une vitrine sur la fierté culturelle d’ici et une réflexion de l’identité. C’est du moins l’avis du doubleur professionnel Louis-Philippe Berthiaume.
Il fait valoir que le doublage québécois ne se contente pas simplement de traduire les films de leur langue originale vers le français. Il l’adapte pour mieux correspondre aux normes linguistiques d’ici.
« Même si le doublage québécois est souvent fait en français normatif, il y a quand même des particularités. On n’utilise pas les mêmes régionalismes que dans la version française. La prosodie (musicalité) de la langue est aussi différente sur certaines intonations. On retrouve l’identité québécoise dans notre façon de doubler des œuvres », explique le doubleur professionnel Louis-Philippe Berthiaume.
Selon lui, ce sont ces petites variations de langage qui rendent les versions doublées au Québec uniques et en font un véritable symbole culturel.
« C’est important culturellement qu’on puisse entendre notre langue, notre façon de prononcer. On se sent beaucoup plus interpellé par les versions doublées quand on peut y entendre les petites choses qui font notre langue, la nôtre », ajoute-t-il.

Louis-Philippe Berthiaume a prêté sa voix dans de nombreux films comme A Different man (2023), Captain America :Civil War (2016), ou encore The Flash (2023)
(Photo : courtoisie)
Un problème ou un bénéfice ?
Une tendance s’installe sur les réseaux sociaux comme Instagram ou Tik Tok depuis quelques années. Certains influenceurs ou créateurs de contenu en lien avec le cinéma considèrent le doublage comme une nuisance pour les contenus étrangers.
Une critique qui revient régulièrement est que l’absence des voix originales prive le spectateur de pleinement profiter des performances des acteurs. Cependant, le journaliste culturel à La Presse Étienne Paré explique que « le doublage ne ruine pas l’œuvre originale. Au contraire, pour les gens unilingues, c’est un immense service. C’est une porte d’accès vers du contenu d’ailleurs. »
Mieux encore, il peut transcender l’original. « Il y a des voix de doublages qui sont tellement iconiques que certains considèrent parfois la version doublée comme étant supérieure à l’original. Je pense notamment à la voix française d’Eddie Murphy, que certains trouvent meilleure que la voix de l’acteur lui-même », ajoute-t-il.
Une industrie en danger ?
Les coûts qui viennent avec le fait d’offrir un contenu dans différentes langues font du doublage québécois un luxe pour les studios. « Étant donné qu’on a déjà accès à une version française, il y a énormément de contenu, surtout des séries, qui ne sont pas doublées au Québec. Ils ont souvent tendance à préférer celle de la France, qui est plus accessible, aux autres pays francophones. Ça leur permet d’économiser beaucoup d’argent », mentionne Étienne Paré.
Également, l’intelligence artificielle (IA) apparait comme un véritable problème pour l’industrie du doublage. Cependant, Louis-Philippe Berthiaume reste optimiste et explique que : « C’est quelque chose qui s’apprête à changer notre profession. Malgré toutes les nuances de l’intelligence artificielle, ça reste quelque chose qui a énormément de difficultés à transmettre de l’émotion. Je ne pense pas que ça va remplacer complètement l’aspect humain du doublage. »






