Le trouble développemental du langage : un défi du quotidien pour les familles

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Un enfant sur deux est diagnostiqué TDL avant l’âge de 5 ans, selon le American Academy of Pediatrics. (Photo : Unsplash)

Au Québec, c’est environ 7 % de la population qui a un trouble développemental du langage (TDL), selon Regroupement TDL Québec. C’est le cas de Nora, 9 ans, diagnostiquée TDL à 8 ans. Pour les jumelles Justine et Alice, 12 ans, le verdict est tombé à l’âge de 4 ans. Deux familles, trois histoires, un même défi.

Le trouble développemental du langage (TDL) se divise en deux catégories distinctes : la compréhension et l’expression. Il est causé par un cerveau qui traite le langage différemment, ce qui peut rendre l’apprentissage plus difficile, selon l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ). Les premiers signes apparaissent souvent dès la petite enfance, mais le diagnostic peut tarder.

Du haut de ses 9 ans, Nora est une jeune fille sociable et calme à la maison, confie sa mère, Geneviève. Elle écoute bien les consignes, mais les difficultés commencent à l’école. En 4e année, ses notes frôlent souvent la note de passage et son niveau de lecture équivaut à celui d’une première année. « Elle a une mémoire de poisson, comparativement à un enfant de son âge », explique Geneviève, précisant qu’elle écoute, mais comprend mal. Nora doit se faire expliquer les consignes plusieurs fois et avec des mots simples, faute de quoi elle est perdue. Ses parents doivent lui écrire la liste de ses tâches, même courtes, sinon elle oublie. L’école lui a fourni un ordinateur pour l’aider en français, mais les résultats se font attendre.

Un diagnostic plus complexe pour les jumelles

Chez les jumelles Justine et Alice, le diagnostic est venu tôt, mais leur parcours s’est révélé plus complexe. À trois ans, elles ont consulté un orthophoniste, puisque leurs parents, Myriam et Eddy, ne les comprenaient pas. Selon l’orthophoniste propriétaire d’Orthophonie de la Capitale, Véronique Amyot, « si un enfant passé l’âge de 1 an s’exprime très peu ou ne forme pas vraiment de mot, il faut consulter. »

Un an plus tard, les fillettes ont été prises en charge par le Centre de réadaptation en déficience physique (CRDP), où elles ont rencontré plusieurs spécialistes. Ces suivis fréquents étaient exigeants pour la famille. En plus de leurs difficultés de langage, les jumelles souffraient d’un problème auditif : de l’eau s’accumulait dans leurs conduits auditifs, les empêchant de bien entendre. Des tubes ont récemment été installés dans leurs oreilles pour corriger la situation.

À l’école, elles rencontrent les mêmes obstacles que Nora : des devoirs qui prennent beaucoup de temps et une grande difficulté à comprendre les consignes.

Myriam décrit Justine comme intense, leader et émotive, tandis qu’Alice est plus hypersensible et introvertie. La petite enfance des jumelles était très rocambolesque. De 18 mois jusqu’à leurs 5 ans, elles étaient très physiques entre elles, se griffant et se tapant souvent.

Selon Mme Amyot, le TDL provient d’une « zone cérébrale qui traite le langage et qui est sous-activée ». Elle ajoute qu’il existe une composante génétique, présente dans la famille des jumelles où environ cinq membres en sont atteints.

bottes d'enfants

Les enfants atteints d’un TDL peuvent avoir « un potentiel intellectuel tout à fait normal », explique Véronique Amyot. Leurs difficultés concernent uniquement le langage. (Photo : Unsplash)

Mieux comprendre pour mieux aider

Même si Geneviève craint que Nora redouble ou perde ses amies, elle se dit soulagée d’avoir enfin un diagnostic : « On sait ce qu’elle a, on sait comment l’aider. » Myriam partage ce sentiment et salue la collaboration de l’école. Mme Amyot croit toutefois qu’il faut mieux faire connaître le TDL : « Il faudrait autant de sensibilisation qu’avec le TDAH. » Sans diagnostic, dit-elle, l’enfant risque non seulement des échecs scolaires, mais aussi de l’anxiété et un manque de confiance en soi. Elle invite les parents, quels que soient leurs doutes, à consulter un professionnel. Elle propose également, TDL Québec, un organisme à but non lucratif offrant conférences, formations et ateliers pour les familles.

 

 

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