Une gauche qui parle fort, mais gouverne peu

Ruba Ghazal est présentement la seule co-porte-parole de Québec solidaire. Les membres du parti devront choisir le second porte-parole le 8 novembre prochain à Sherbrooke. (Photo : Ruba Ghazal Facebook)
Au Québec, la gauche traverse une période difficile. Alors que le Parti québécois domine les intentions de vote, les formations progressistes comme Québec solidaire ou le NPD peinent à s’imposer. Les plus récents sondages les placent en dernière position. Une situation étonnante de la part d’un électorat pourtant sensible aux enjeux sociaux.
Depuis la Révolution tranquille, le Québec fait figure de proue en matière de débats sociaux à l’intérieur du Canda. Cependant, la gauche n’a jamais réussi à s’imposer durablement. Ni le NPD à Ottawa, ni Québec solidaire à l’Assemblée nationale n’ont su convaincre au-delà de leurs bastions militants.
« Le paradoxe québécois, c’est que le peuple valorise la justice sociale, mais n’appuie jamais vraiment les idées jugées extrêmes », analyse Marc-André Bodet, professeur de sciences politiques à l’Université Laval. « Depuis les années 60, les Québécois ont adopté des valeurs de gauche, comme l’accès à un système de santé publique et un syndicalisme fort, sans toutefois se reconnaître explicitement de gauche. »
Ce paradoxe s’explique notamment par le débat public historiquement porté sur la question nationale. La polarisation entre souverainistes et fédéralistes a longtemps mis de côté le débat entre gauche et droite.
Des extrêmes qui font peur

Raphael Emond n’a obtenu que 1,9% des votes lors du scrutin du 28 avril dernier. (Photo Raphael Emond Facebook)
« Il y a une méfiance des Québécois envers tous les partis qui s’éloignent du centre politique. Les Québécois ne sont pas effrayés par les idées de gauche, mais ils ne sont pas habitués aux idées qui bousculent leur façon de penser », explique Raphaël Emond, candidat pour le NPD dans la circonscription de Chicoutimi–Le Fjord lors de l’élection fédérale de 2025.
C’est pour cette raison, selon lui, que le Parti québécois et le Parti libéral se sont souvent succédé au pouvoir, alors que des partis comme Québec solidaire ou le Parti conservateur du Québec peinent à y accéder. De plus, M. Bodet affirme que ce sont des partis qui, encore à ce jour, « ont des positions très campées sur la question de la souveraineté ».
Une gauche urbaine et élitiste

Selon le dernier sondage Léger du 27 septembre 2025, Québec solidaire est loin derrière les autres partis. (Photo : Qc125)
Le défi pour la gauche est aussi géographique. Québec solidaire attire une base jeune et urbaine, mais n’arrive pas à convaincre les électeurs en région. Pourtant, M. Emond a encore espoir de convaincre les régions. « Lors de ma campagne, j’ai senti une ouverture très forte de la part des gens pour les idées qu’on défendait. Je pense que c’étaient des idées très populaires. »
La division territoriale amène un autre défi : la gauche est perçue comme élitiste et trop préoccupée par des concepts abstraits et éloignés des enjeux régionaux. « Il faudrait que les partis de gauche se prononcent sur des enjeux plus concrets, dans la réalité des citoyens, comme le coût de la vie, et qu’ils mettent moins l’accent sur les enjeux de justice sociale, comme l’identité de genre, par exemple », estime M. Emond.
Le défi de la crédibilité et de la stabilité
La gauche souffre d’un déficit de crédibilité, selon M. Bodet. Le NPD n’a jamais retrouvé l’élan de la vague orange de 2011, portée par Jack Layton, et Québec solidaire n’arrive pas à convaincre qu’il pourrait diriger la province.
« Pour Québec solidaire, il va déjà falloir statuer sur la question du chef. Qui va réellement gouverner s’ils sont élus ? », affirme M. Bodet. « Il va aussi falloir que le parti assume sa position. Veut-il gouverner ou simplement rester un parti d’opposition ? »
Pour Raphaël Emond, le futur n’est toutefois pas fermé pour les « partis orange » : « Les jeunes sont sensibles aux enjeux écologiques et sociaux. Si la gauche rallie ces jeunes avec des solutions concrètes, elle peut espérer regagner du terrain. »






