Quand l’acceptabilité sociale déplace la pollution ailleurs

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Le projet de GNL Québec avait pour but de transformer le gaz naturel de l’Alberta en liquide, afin de le transporter en Europe et en Asie. Photo : coalitionfjord.com

Le refus local des projets liés aux énergies fossiles mène-t-il à la construction d’installations plus polluantes ailleurs ? Des projets comme GNL Québec ou les explorations pétrolières aux îles d’Anticosti semblent en témoigner.  

Des choix ici, des conséquences ailleurs 

Les États-Unis, la Chine ainsi que la Russie sont les pays qui possèdent le plus d’infrastructures liées aux énergies fossiles. Ces pays figurent aussi parmi ceux ayant les normes environnementales les moins élevées. C’est l’inverse au Canada dont les normes pour ce genre de projets sont très élevées. Or, selon Environnement Canada, les gaz à effet de serre (GES) émis localement se dispersent dans l’atmosphère et contribuent au réchauffement planétaire, peu importe où ils sont produits. Pourquoi alors ne pas faire ces projets ici, avec les meilleures normes environnementales possibles ? 

Quand la population décide 

« C’est sûr que strictement au niveau environnemental, y a des éléments qui auraient pu être mieux faits ici qu’ailleurs, sauf qu’il y avait quand même une composante sociale assez importante qui était récalcitrante, et ça, ça pèse autant que l’aspect environnemental », explique Patrick Faubert, professeur au département des sciences fondamentales et directeur par intérim de la Chaire en éco-conseil et carbone boréal.

Par exemple, en 2021, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a souligné que plus de 90 % des 2 500 mémoires qui ont été déposés concernant le projet GNL Québec (un record pour le BAPE) étaient contre le projet. Plus de 121 000 signatures ont été amassées contre le projet, et tous les partis d’opposition à l’Assemblée nationale, soit 58 % des électeurs, étaient contre cette infrastructure. C’est principalement pour ces raisons que le projet n’a pas été approuvé.

Le professeur au département des sciences fondamentales à l’UQAC, Patrick Faubert.
Photo : Portfolio UQAC

Une nouvelle source d’énergie ? 

« Ce qu’on peut faire, aussi, au Québec, ce qu’on peut développer, c’est l’économie circulaire, donc de faire en sorte que certains résidus vont devenir la matière première pour d’autres industries. Pour toutes les usines qui émettent du CO₂, ce CO₂ peut être aussi utilisé pour faire d’autres produits, comme des biocarburants », explique Patrick Faubert.

Au Québec, ce modèle prend de plus en plus d’importance, surtout dans les secteurs industriels. Par exemple, une usine qui émet de la chaleur pourrait chauffer une serre agricole ou alimenter un autre procédé industriel.

Cependant, cette méthode est très coûteuse. Ainsi, capter une tonne de CO₂ peut coûter entre 50 et 200 $. Selon la Commission de la Régie de l’énergie du Canada, le Québec a émis 79,1 millions de tonnes de dioxyde de carbone en 2022. Tout de même, c’est un modèle qui pourrait changer notre façon de consommer l’énergie.

Le Québec a la technologie et les ressources pour faire de grandes choses en économie circulaire,
mais il manque encore de coordination, d’incitatifs économiques et d’infrastructures pour passer à grande échelle.
Photo : Onfokus.com

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