« Le rétablissement est le travail d’une vie » : guérir d’une dépendance

À gauche, Annie Langlois et à sa droite les éducateurs Pauline et Dominic qui accompagnent les moments de vie quotidienne et organisent des activités lors de la thérapie. Photo : Virgile REVELLE
À Jonquière, à l’hôpital et à la maison d’hébergement Le Séjour, les professionnels tentent d’aider les personnes souffrant d’une dépendance à se relever. Les deux méthodes sont différentes mais l’objectif reste le même : « retrouver un équilibre de vie ».
« Les substances se sont dégradées avec les années », « Il y a beaucoup plus de personnes qui ont des problèmes de santé mentale qu’il y a 20 ans », « Aujourd’hui, il y a de plus en plus de demandes liées au cannabis » : voici quelques constats établis par Evans Maltais et Annie Langlois. Tous les deux sont intervenants sociaux au contact de personnes souffrant d’une dépendance. Et leur travail est plus que jamais d’actualité. L’Institut national de santé publique du Québec a révélé qu’en 2024 les morts liées à la prise de drogue avaient augmenté de plus de 15 % dans la province.
« L’illusion » du bonheur
« La dépendance est accompagnée d’autres facteurs. On peut garder le contrôle un temps puis le perdre, ça ne se fait pas du jour au lendemain », détaille Annie Langlois. Ces facteurs, il faut les comprendre pour guérir la dépendance.
Evans Maltais définit la dépendance comme un cercle vicieux. La personne se retrouve dans un état d’instabilité émotionnelle, de vide intérieur. Elle ne se sent pas bien, elle va donc avoir recours à des substances pour pallier un manque. En prenant des produits, elle a « l’illusion » de bien se sentir. Une fois l’effet dissipé, un retour de bâton se produit : la personne se sent encore plus mal, elle consomme alors de nouveau, explique l’intervenant social mais aussi chargé de cours à l’université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Evans Maltais dispose toujours d’une injection de naloxone dans son bureau. Ce produit lui a déjà permis de stopper un « bad trip » lors d’un rendez-vous. Photo : Virgile REVELLE
Deux méthodes, un objectif
Pour soigner une dépendance « multifactorielle », les instituts de santé travaillent sur la consommation de produits mais pas seulement. Les intervenants sociaux vont compléter le diagnostic et conseiller la personne pour entamer son processus de guérison. « En moyenne, il faut entre huit et 20 rencontres à l’hôpital pour que la personne soit outillée », détaille Evans Maltais.
Si ces rendez-vous extérieurs ne suffisent pas, l’intervenant peut faire appel à un service de désintoxication. Des infirmières, des médecins vont prendre en charge médicalement le patient pour pallier les effets de sevrage, du manque de consommation. Cela peut-être sous forme d’hospitalisation ou de rendez-vous quotidiens pendant une à deux semaines. Le travail se fait grâce à une équipe « multidisciplinaire ». Lorsque la dépendance s’accompagne de troubles de santé mentale, des psychiatres et des psychologues interviennent.
À la maison d’hébergement Le Séjour, il y a deux éducateurs et quatre intervenants sociaux. Les pensionnaires restent 28 jours sur place pour suivre une thérapie. Au programme, quatre semaines rythmées par des ateliers autour des émotions, de l’estime de soi, de la dépendance, du processus de changement ainsi que sur ses relations et sa communication. L’organisme accompagne l’arrêt de consommation mais aussi la réinsertion en société. Les intervenants font souvent face à des situations de précarité et d’itinérance. Le lieu dispose aussi d’un espace d’accueil externe ouvert tous les jours pour venir boire un café, discuter avec un professionnel.
« Les études montrent que cela peut prendre jusqu’à 17 demandes d’aide. Le rétablissement est le travail d’une vie », informe Annie Langlois. Dans tous les processus de guérison, il faut que la personne soit prête à se faire aider et soit motivée à changer sa situation. « Toi tu es le pilote et moi je suis le copilote », explique souvent l’intervenante aux résidents du Séjour.
« J’avais un gros vide à l’intérieur à combler »
Jean* a 31 ans. Il vient de suivre la thérapie du centre d’hébergement pour tenter de régler sa dépendance à l’alcool et à la drogue. Voici des extraits de notre entretien :
« J’avais un gros vide à l’intérieur à combler, causé par la mauvaise gestion d’émotions. Ça peut-être la joie, le dégoût, n’importe quoi. Quand je ne suis pas capable de mettre des mots sur ces émotions, souvent ça va revenir aux mêmes prises de conscience qu’avant, c’est de reconsommer. […] Ça a été des troubles du sommeil, au début, puis un spécialiste m’a dit d’aller en thérapie. J’étais ouvert à toute possibilité, je suis venu dans l’inconnu.»
Comment te sens-tu après cette thérapie ?
« La thérapie m’a permis de prendre un peu de recul. Quand t’es toujours deux pouces dans le mur, tu n’as pas la vision pour le réaliser. […] Je ne pensais pas que c’était une bonne solution pour être franc avec toi. Après avoir fait un mois ici, puis ayant fait des travaux sur moi, je dirais qu’il en reste beaucoup à faire.[…] Ce mois-là a été une ouverture vers moi-même. »
Quelle est la suite pour toi ?
« Je vais retourner à mon travail, je suis monteur de ligne. Je vais essayer de trouver un équilibre dans ma vie, ce que j’ai jamais fait. […] Je vais garder des contacts avec les travailleurs sociaux. Je vais continuer à aller aux CA [Cocaïne Anonymes]. » « Voir la détresse dans l’état d’âme des autres, ça t’aide à mettre des mots sur tes états d’âme. »
*Le prénom a été modifié.
Si la dépendance est un sujet qui vous concerne directement, vous pouvez aller chercher de l’aide ou des conseils au 1 800 265-2626 (alcool, drogues) et au 1 800 461-0140 (jeu de hasard et d’argent). Ces deux lignes sont disponibles nuit et jour, sept jours sur sept.





