Pesticides dans nos assiettes, faut-il vraiment s’inquiéter?

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L’utilisation des pesticides en agriculture suscite beaucoup d’interrogations, ils protègent les récoltes, mais inquiètent les consommateurs. Derrière nos assiettes, certains y voient un outil essentiel à la sécurité alimentaire, d’autres un danger pour la santé et pour la planète.

Pour la nutritionniste-diététiste chez ÉquipeNutrition, Carol-Ann Robert, l’inquiétude des consommateurs doit être nuancée. « Pour monsieur et madame Tout-le-Monde, il n’y a pas beaucoup de preuves que la consommation de fruits et légumes conventionnels entraîne des maladies graves. Les normes au Canada ne sont pas inquiétantes, grâce aux marges de sécurité établies par Santé Canada. », explique-t-elle.

Elle rappelle toutefois que l’exposition directe et plus fréquente rend les travailleurs agricoles à risque. Cette exposition peut causer des intoxications aiguës qui se manifestent immédiatement après ou à court terme, donc quelques minutes à quelques heures après l’exposition. Les symptômes les plus souvent rapportés sont de la fatigue, des nausées, des vomissements, des maux de tête, une perte d’appétit, des étourdissements ou encore une tension artérielle plus basse. À long terme, certains développent des cancers ou encore des maladies neurologiques comme le Parkinson.

Certaines fermes biologiques utilisent les trichogrammes, des petites guêpes parasitoïdes qui luttent contre une espèce de chenille. (Photo : page Facebook de la ferme Lavoie Inc.)

Ces risques sont reconnus par le gouvernement du Québec, qui précise, sur son site, que les pesticides peuvent entrer dans le corps par la peau, la bouche ou en respirant.

À la ferme biologique Lavoie Inc., l’agronome Anne-Sophie Lavoie explique que l’abandon des pesticides conventionnels s’est fait pour des raisons environnementales et de sécurité. « C’est beaucoup parce que les propriétaires étaient tannés de mettre des pesticides. Il y a des gens qui sont malades, ça leur faisait peur un peu. » C’est pourquoi certains producteurs passent au biologique.

La ferme privilégie la rotation des cultures et l’utilisation d’agents biologiques. Elle souligne aussi que la production biologique implique des normes strictes, mais qu’elle permet de réduire l’impact environnemental et de valoriser le bien-être des animaux et des sols.

Acheter bio, est-ce vraiment mieux ?

Pour Carol-Ann Robert, le biologique réduit l’exposition aux pesticides, mais n’améliore pas directement la santé : « Pour le bio, on ne peut pas affirmer que ça améliore la santé par rapport aux végétaux conventionnels ». Ces produits permettent surtout de garantir un système agricole plus respectueux de l’environnement et du bien-être animal. Les pratiques comme les pâturages, la rotation des cultures et le recyclage des ressources sont couramment utilisées dans le milieu.

Conseils pratiques pour le consommateur :

Les limites du « mal nécessaire »

Même si plusieurs dénoncent les pesticides, d’autres estiment qu’ils restent difficiles à éliminer complètement, car ils permettent de protéger les récoltes et d’assurer un volume de production suffisant pour nourrir la population. Sans eux, plusieurs cultures seraient ravagées par les insectes ou les maladies, ce qui ferait grimper les prix et mettrait en danger la sécurité alimentaire.

En 2017, les représentants de la Mutualité sociale agricole en France ont reconnu que l’usage des pesticides serait responsable de 2 % des maladies professionnelles des agriculteurs. (Photo : Alysson Patry)

Mais cet argument du « mal nécessaire » est loin de faire l’unanimité. Des experts comme la chercheuse Maryse Bouchard, de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), rappellent que les impacts de l’usage intensif de pesticides ne s’arrêtent pas à la santé humaine.

Des rapports récents du ministère de l’Environnement montrent que des résidus de pesticides se retrouvent maintenant dans plusieurs rivières du Québec, ce qui menace les écosystèmes aquatiques et la qualité de l’eau potable. De plus, l’usage excessif de ces produits appauvrit les sols à long terme, réduisant leur fertilité naturelle et rendant les producteurs encore plus dépendants des intrants chimiques.

Alors oui, les pesticides protègent les récoltes, mais est-ce qu’ils ne créent pas un problème encore plus grand en retour?

 

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