Apprendre plusieurs langues pendant l’enfance présenterait des atouts

D’après la BBC, plus de la moitié des personnes parleraient au moins deux langues dans le monde, entre 60 et 35%. Au Canada, ce chiffre représente 35%. @Lisa Tourniaire
Depuis quelques années, plusieurs recherches révèlent les avantages sociaux, économiques et cognitifs du bilinguisme. « Ça apporte une flexibilité cognitive, ça développe des capacités cérébrales », confirme Phaedra Royle, professeure à l’école d’orthophonie et d’audiologie à l’Université de Montréal.
À la « petite école vision » de Chicoutimi, les enfants sont immergés 70 % du temps en anglais, 20 % en français et 10 % en espagnol. Au niveau de l’école vision trilingue, l’enseignement est le même que dans les autres primaires du Québec, mais certains cours sont donnés en anglais. « Les enfants ont 6 heures de cours par jour au lieu de 5 heures. Ça leur permet d’être bilingues en sortant de notre école », d’après Annie-Claude Gagnon, la co-directrice de l’établissement.
Les effets de cette méthode sont notables d’après elle. « Ça amène une belle curiosité. Beaucoup d’hispanophones viennent s’installer au Saguenay et nos jeunes ont parfois des conversations avec eux dans le bus, c’est une richesse. Ça va faire de bons ambassadeurs de notre région et du Québec ». Cette école est privée et n’obtient pas de subvention de l’État selon la loi 101, car elle enseigne l’anglais comme langue maternelle. D’autres écoles bilingues existent au Québec, mais l’admission est soumise à des critères sélectifs.
Pourtant, l’apprentissage d’une langue en étant plus jeune peut être un atout. « On pense que le meilleur moment pour apprendre une deuxième langue serait entre 4 et 20 ans », affirme Phaedra Royle.

« Je ne maîtrise pas très bien l’anglais mais je voulais que mes enfants puissent s’ouvrir au monde en le parlant ». @Lisa Tourniaire
L’aisance des enfants dans l’apprentissage de plusieurs langues
D’après un article de la BBC, on a longtemps pensé que le multilinguisme réduisait les capacités d’apprentissage chez les enfants. Pourtant, certaines études ont démontré l’inverse. Vivre dans un environnement bilingue ou multilingue permettrait d’absorber plus facilement la diversité des langues. « Il faut une exposition d’environ 30 % du temps pour qu’une langue soit maîtrisée », d’après Phaedra Royle.
Pour certains, l’immersion est la meilleure solution. « Mon père parlait sept langues et ma mère en parlait aussi plusieurs, pour moi c’était normal d’être polyglotte, précise Jean Bisping. Ma langue maternelle est le polonais, puis j’ai appris l’anglais, après ça c’était simple d’apprendre d’autres langues ». Jean Bisping est l’interprète officiel de Radio-Canada. Il maîtrise le polonais, le français, l’anglais et l’espagnol, et s’est même essayé à apprendre l’allemand. Une aisance qui lui permet aujourd’hui d’exercer son métier.
Certaines langues ont des racines communes, facilitant leur acquisition. « Dans les pays nordiques, on apprend aux enfants les bases de langues similaires comme le suédois, le danois et l’islandais. Les enfants finissent rapidement par toutes les maîtriser. Il faudrait faire pareil avec l’italien, l’anglais ou l’espagnol », ajoute Phaedra Royle.
Ces liens entre les langues peuvent ainsi faciliter leur apprentissage. Une fois qu’une deuxième langue est maîtrisée, il est plus aisé d’en apprendre d’autres. « Les bilingues comprennent mieux les subtilités des langues. Ils repèrent plus facilement les éléments de base comme le COD et savent les utiliser », selon Vincent Collette, professeur de linguistique à l’Université du Québec à Chicoutimi.
« C’est ce qu’on appelle la métalinguistique, c’est l’habileté à réfléchir sur le langage. Ils sont capables de prendre conscience de la langue. », explique Phaedra Royle.
Des recherches sont en cours pour évaluer les effets du bilinguisme sur le cerveau. Shanna Kousaie est professeure agrégée et directrice du Laboratoire de neurosciences cognitives du bilinguisme à l’Université d’Ottawa. Elle essaye de déterminer le lien entre le bilinguisme et la démence. « Pour le moment, nous n’avons pas de véritables résultats, mais nous pensons que le bilinguisme pourrait retarder l’apparition de symptômes de la maladie d’Alzheimer », précise-t-elle. Ce retard pourrait aller jusqu’à 5 ans pour les personnes bilingues.
Plusieurs facteurs, comme le contexte ou la volonté, jouent un rôle dans l’acquisition d’une nouvelle langue. L’apprentissage sera donc plus facile d’une personne à l’autre, mais les avantages du bilinguisme continuent de se confirmer pour tous.






