Réarmement mondial : pour quelles raisons ?

Le Canada souhaite que l’approvisionnement militaire devienne « un levier pour le développement industriel du pays ». (Photo: Gouvernement du Canada)
Dans un contexte politique où les relations entre les pays sont instables, plusieurs gouvernements décident de se réarmer pour répondre à l’insécurité. Mais quel intérêt ont ces pays à investir dans la défense ?
Une série d’évènements ont provoqué une prise de conscience sur la production militaire et la défense des territoires. Parmi eux, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la montée en puissance de la Chine qui développe une modernisation militaire sans précédente et les États-Unis qui repensent son soutien militaire envers ses alliés.
Au Canada, le premier ministre, Mark Carney, a annoncé la mise en place d’une nouvelle Agence de l’investissement pour la défense. L’objectif est de réduire les dépenses militaires liées aux États-Unis et d’accélérer l’achat de nouveaux équipements, tout en encourageant la production canadienne. Selon Justin Massie, professeur en conflits armées et en politique de défense à l’UQÀM, « le Canada manque de capacité de protection sur son territoire, manque de capacité de surveillance, manque de navires pour assurer la protection de ses eaux […] Les carences de défense de l’armée canadiennes sont nombreuses et prendront des années à corriger, même avec les hausses annoncées ».
Le Canada fait partie de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), qui a pour objectif de garantir la sécurité de ses membres, notamment par des moyens politiques et militaires. Chaque pays est contraint d’investir 2% de son PIB dans la capacité militaire de l’OTAN. Mark Carney souhaite atteindre cet objectif d’ici 2030.

Depuis plusieurs années, de nombreux pays ne respectait pas le seuil de 2% d’investissement envers l’OTAN. Le retour de Donald Trump contraint les pays à se régulariser. (Photo: OTAN, 2024)
En septembre dernier, au Québec, le gouvernement Legault a annoncé qu’il souhaitait subventionner des entreprises dans le secteur de la défense. Selon Pierre-Luc Bilodeau, enseignant en actualité du Canada au Cégep de Jonquière, l’objectif était de rattraper le retard prit depuis plusieurs années.
« Il est vrai aussi que notre industrie de la défense est extrêmement fragile. On l’a délaissé pendant une dizaine d’années, donc on n’a plus de capacité d’intervention dans le monde et très peu de capacité pour défendre notre propre territoire. »
Les pays européens réalisent qu’ils ne seront plus défendus par les États-Unis, qui avaient le rôle de « gendarme du monde ». La politique de Donald Trump a mis de la pression pour que ces derniers se réarment par eux-mêmes. Une manière également de ne pas avoir la responsabilité des potentielles opérations militaires contre la Russie.

Le jour de l’annonce, Ursula von der Leyen affirmait que « L’avenir d’une Ukraine libre et souveraine, d’une Europe en sécurité et prospère, est en jeu ». (Photo: Commission Européenne)
En réponse, le 4 mars 2025, les pays de l’Union Européenne ont annoncé le projet « Réarmer l’Europe ». Présenté par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, un investissement de plus d’un billion deux cents milliards de dollars servira à protéger et à renforcer la défense européenne.
La menace qui provient des territoires nordiques.
La fonte des glaces, en Arctique, dévoile des nouvelles routes maritimes. Elles facilitent le transport des marchandises et sont la cible du désire d’expansion territoriale de la Russie. Cette partie représente 40% du territoire canadien et enregistre plus de 150 000 habitants.
Au nord du Canada et du Québec se trouvent des ressources fortement convoitées par la Russie et la Chine. Parmi elles, des hydrocarbures comme le pétrole mais également des minéraux utiles à la confection des nouvelles technologies. La Chine crée également des îles artificiels pour prendre le contrôle des zones de pêche riches en ressource halieutique.
Mais l’intérêt n’est pas seulement commercial. La Russie a notamment développé une flotte navale nucléaire, dans le but de contrôler les mers au nord de la Norvège, de l’Islande ou encore à l’est du Groenland. Selon Justin Massie, il s’agit d’un « positionnement important pour mettre en joue les États-Unis et le Canada en même temps », ce qui permettrait une action militaire rapide sur le territoire.
Le désir d’expansion territoriale de la Russie et de la Chine redessine la géopolitique mondiale. Dans ce contexte, Justin Massie assure que les États-Unis « ont un intérêt national à toujours défendre le Canada ».






