La COP 30 : le bordel organisé

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La trentième Conférence des Parties sur les changements climatiques souligne les dix ans de l’Accord de Paris. (Photo : Zachary Sanche)

La grand-messe de l’ONU sur les changements climatiques se déroule jusqu’au 21 novembre, aux portes de l’Amazonie brésilienne. J’ai eu la chance d’être shippé, pardonnez l’anglicisme, au beau milieu de cette fameuse COP 30 et de ses discussions vitales qui se déroulaient du 10 au 21 novembre.

Pour une deuxième année, le Cégep de Jonquière envoyait une délégation à cet événement. Le groupe visait à recueillir de l’information pour aider la région à limiter ses émissions de GES, entre autres.

Une fois atterri à Belém, juste sous l’équateur, les 30 °C et les 80 % d’humidité m’ont frappé de plein fouet. Surtout quand Saguenay vivait ses premières tempêtes de neige.

Et déjà pendant le vol, une pensée commençait à naître dans mon esprit, peut-être un tantinet tardivement : n’est-ce pas paradoxal? Dans mon année 2025, mon voyage au Brésil est sans doute ma plus grande contribution au bilan carbone mondial.

Notre belle délégation, avec, de droite à gauche: moi, Alicia Mollen et Jade Fradette, toutes deux étudiantes en sciences humaines, et Hélène Dionne, professeure de géographie. (Photo: Zachary Sanche)

Six avions, des souvenirs, de la marchandise à l’effigie de la COP, des trajets de bus, de taxi, des dîners dans des restaurants, et plus encore. Soudainement, chaque action qu’on posait, chaque sac de plastique qu’on utilisait (le Brésil ne semble pas encore avoir importé nos sacs d’épicerie!) nous rendaient encore plus coupables…

Le comble, c’est quand on réalise que cet événement rassemble plus de 50 000 personnes d’un peu moins de 200 pays. Le tout est organisé dans un des endroits les plus chauds sur la planète, sur un site énorme qu’il faut climatiser. Et je vous épargne l’imposante documentation sur la pollution des climatiseurs.

Le bordel organisé

À l’époque où j’ai su que j’allais à Belém, je voulais saisir cette opportunité pour parler à des gens de partout dans le monde, pour assister à des négociations de couloir. Avant même d’y avoir mis les pieds, je pensais m’y sentir comme un poisson dans l’eau.

Je me suis plutôt senti comme un chien dans un jeu de quilles.

L’énorme site a été construit sur une ancienne piste d’aéroport. Pour quiconque vivait sa première COP, ça prenait quelque temps pour s’y retrouver.

Mais le plus difficile pour les nouveaux, une fois assis dans une salle de rencontre et que les discussions étaient lancées, c’était simplement de saisir les enjeux.

Plus de 1600 personnes liées aux énergies fossiles ont été répertoriées à la COP 30 par la coalition Kick Big Polluters Out. (Photo : Zachary Sanche)

Imaginez une assemblée générale d’un parti, d’une école ou de n’importe quelle autre instance. Les points à l’ordre du jour se succèdent, ne sont parfois pas très clairs et ont été placés là par on ne sait qui. Imaginez-vous maintenant la même chose, mais à l’échelle de négociations mondiales sur un sujet aussi sensible et imposant que l’environnement.

D’ailleurs, tout est en anglais, et il y a beau y avoir des traducteurs, bonne chance à qui veut comprendre ce qu’il se passe sans parler la langue de Shakespeare.

Cynisme 101

La combinaison de ce paradoxe d’actions environnementales polluantes et de cette densité protocolaire suffit à en rendre plusieurs cyniques. C’est sûr qu’on finit toujours à la même place : la politique.

Un bloc de pays pétroliers peut entrer dans une pièce avec la ferme intention que les amendements proposés ne passent pas. Ils feront perdre du temps à tout le monde en prétextant qu’ils désirent plus de temps pour s’assurer que tout soit bien fait.

Le pire, c’est que si les discussions n’arrivent à rien, tout est remis à la prochaine COP, l’année suivante.

Certains remettent régulièrement l’existence même de ces rencontres en question. Avec raison, il faut l’admettre.

Mais c’est en regardant quelques chiffres simples qu’on y repense à deux fois avant de lancer la serviette.

Sans l’Accord de Paris de 2015, le monde se dirigerait vers un réchauffement de 4 °C d’ici 2100. On se dirige plutôt maintenant vers un 2,3 °C d’augmentation.

La COP n’est certainement pas parfaite, mais les militants peuvent mettre la lumière sur l’inaction des décideurs en manifestant et en levant le ton, ce qu’ils font déjà très bien.

Maintenant, histoire de démocratiser les COP, il s’agirait de mettre un peu d’ordre dans ce bordel organisé.

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