Les commotions cérébrales : de simples « bobos de sport » ?

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, environ 45 000 personnes ont consulté pour ce type de traumatisme au Québec en 2019, une hausse constante depuis 2008. (Photo : EurekAlert !)
Même avec un casque de hockey ou de football, un impact suffit pour laisser des traces permanentes. Peu importe le sport, ce type de blessure n’est pas à prendre à la légère. Compte tenu de la vigilance qui doit être de mise, comment les athlètes réagissent-ils face à ces risques ?
Mais d’abord, c’est quoi une commotion cérébrale ? Le professeur titulaire à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal, Dave Ellemberg, affirme que c’est une « force biomécanique » qui cause le traumatisme. Il ajoute que notre tête subit un véritable « orage chimique » qui enchaîne les effets sur les neurones.

Le Dr Dave Ellemberg a travaillé sur de nombreuses recherches liées aux perturbations cognitives et au potentiel de récupération. (Photo : CENTAM)
Le site Internet du gouvernement du Québec indique que les traumatismes craniocérébraux légers et les commotions cérébrales « peuvent survenir après un impact direct à la tête ou après un impact sur une autre partie du corps qui transmet une force à la tête. »
Parlons neurosciences…
« Les cellules du cerveau, les neurones, deviennent hyperactives. Donc, l’activation électrique devient un peu incontrôlée, désynchronisée, indique M. Ellemberg. Cette hyperexcitation peut mener à de l’excitotoxicité et endommager le cerveau. »
Le cerveau a besoin d’oxygène pour bien fonctionner. Le chercheur de l’UdeM souligne également qu’il y a une baisse d’oxygénation en plus d’une mauvaise assimilation du glucose. Sans ces éléments, les connexions neuronales subissent des dommages. C’est comme ça que les premiers symptômes sont repérables.
Chaque traumatisme est différent. Les facteurs psychologiques, la force musculaire et l’angle du choc peuvent influencer la gravité de la blessure. C’est d’ailleurs pour cette raison que le protocole de retour au jeu est si important.
En clinique, l’imagerie de la boîte crânienne démontre que le cerveau enfle dans les jours suivants le traumatisme. Il revient à sa taille normale par la suite, mais il aura rétréci, notamment en raison d’une perte du tissu. La directrice de la Clinique de psychologie Léon, Stéphanie Léon, confirme que « l’approche a beaucoup évolué ».
Le terme « commotion légère » est très trompeur, estime M. Ellemberg. « On peut déterminer la gravité d’une commotion cérébrale non pas au moment de l’impact, mais plutôt une à deux semaines plus tard, en fonction de l’évolution des symptômes dans les semaines suivantes », mentionne-t-il. Une guérison sérieuse et adaptée pour la personne est donc essentielle pour prévenir les effets néfastes à long terme.
Le repos complet, dans le noir, n’est plus recommandé. Les professionnels privilégient maintenant une reprise graduelle des activités quotidiennes et encadrée, bien sûr, selon l’évolution des symptômes.
« On essaie de retourner à des activités quotidiennes le plus vite possible, mais à une intensité beaucoup moindre. Donc, ne pas enlever toutes les activités de la personne parce qu’on sait qu’au niveau psychologique, ça peut être très difficile pour celle-ci », explique Mme Léon.
Où en est-on dans les fédérations ?
Plusieurs fédérations sportives ont déjà adapté leurs règles pour limiter les impacts dangereux. L’application réelle de ces changements est cependant inégale selon les niveaux amateurs. Que ce soit au hockey, au football ou à la natation (oui, oui, la natation !), les risques sont présents et désormais connus, d’où l’importance d’être sensible aux premiers signes.
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