Afficher son enfant sur les réseaux sociaux : « Le droit à l’image est important »

L’enseignante en éducation spécialisée au Cégep de Jonquière, Audrey Bergeron, demande systématiquement l’accord de ses enfants avant de diffuser des photos sur Internet. (Photo : Margaux Lamy)
Placements de produits, rémunérations, contrats publicitaires : certains parents reçoivent des milliers de dollars par an grâce à la participation de leurs enfants dans leur contenu. Ces derniers deviennent des vedettes en ligne. Cette pratique soulève autant des questions éthiques que juridiques.
Très loin des photos publiées en privé sur leur compte Facebook, certaines mères, comme Lysandre Nadeau ou Anne-Marie Turcotte, partagent leur quotidien sur les réseaux sociaux. Elles publient des photos de leurs enfants en vacances ou des recettes de cuisine.
Les internautes sont nombreux à consommer ce genre de contenu. En 2024, un article paru dans le UCLA Entertainment Law Review a révélé que les vidéos avec enfants de moins de 13 ans reçoivent jusqu’à trois fois plus de vues que les autres.
« C’est un marché intéressant. Ce type de contenu peut attirer plusieurs audiences différentes », affirme l’avocate en droit des industries créatives, Aicha Tohry. Elle offre des services juridiques aux entrepreneurs.
Selon elle, documenter la vie de parent permet de toucher un public varié et à différents stades de la vie. Cette approche offre aussi de nombreuses opportunités de partenariats : des jouets, des vêtements ou encore des denrées alimentaires.
Des contrats supervisés entre entreprises et influenceurs
Seulement, plusieurs règles juridiques encadrent ces collaborations. « Quand on parle d’intégrer un enfant dans du contenu, on parle d’abord de droit à l’image. Il est important de s’assurer qu’il est respecté pour tout le monde dans les campagnes publicitaires », précise Aicha Tohry.
Les marques peuvent inclure le nom de l’enfant sur les contrats, et dans ce cas, il reçoit une partie de la rémunération. Mais certains parents choisissent de ne pas attribuer une partie des gains à l’enfant. « C’est au cas par cas, selon les envies des familles », atteste l’avocate.
« Qu’est-ce que je publie ? »
L’enseignante en éducation spécialisée au Cégep de Jonquière et formée en tant que psychoéducatrice, Audrey Bergeron, ajoute une notion importante : « Il ne faut pas oublier le consentement de l’enfant. Aussi, les parents doivent se demander : “Qu’est-ce que je publie ?” Si je montre une photo de mon enfant nu dans le bain, ce n’est pas la même chose que mon enfant en train de ramasser des pommes. Ce n’est pas seulement une question d’âge », admet-elle.
Certains adultes ont remis en question leurs méthodes et ont réduit la présence en ligne de leurs jeunes : c’est le cas de Charlotte Bouvier, une influenceuse québécoise.
Désormais, elle ne partage plus la routine de ses deux enfants. Elle n’a pas expliqué les raisons de ce changement sur ses réseaux sociaux. La Pige a aussi tenté de s’entretenir avec Lysandre Nadeau et Anne-Marie Turcotte, sans succès.

Charlotte Bouvier, de son pseudonyme charlotteb123, propose du contenu dit « lifestyle » à ses internautes. (Photo : capture d’écran du compte Instagram de Charlotte Bouvier)
Cependant, exposer publiquement un enfant, même de dos, revient à le confronter au jugement et aux regards des autres. Il peut développer un trouble dans l’acceptation de soi et même de son image, selon la psychologue, Anne Jeger.






