Surexposition aux écrans et TDAH : une corrélation bien réelle

87
0
Share:

19 000 cas de TDAH étaient recensés, au début des années 2000, pour plus de 90 000 en 2024. (Photo : Loan Huard)

L’augmentation des diagnostics de TDAH et la surexposition aux écrans sont des problématiques auxquelles la nouvelle génération doit faire face. Elles comportent des manifestations très similaires chez l’adolescent et soulèvent une question : existe-t-il un lien entre les deux ?

Le diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) repose sur différents facteurs. Parmi eux, la génétique, la grossesse, l’accouchement ou encore l’environnement dans lequel la personne évolue.

Généralement, les manifestations se remarquent vers l’âge de six ans, lorsqu’un enfant n’arrive pas à se concentrer sur une même tâche ou lorsqu’il présente des retards dans l’acquisition de l’autonomie. À l’école, ces troubles s’expriment davantage par des oublis fréquents, des difficultés à planifier et à s’organiser, des fautes d’inattention fréquentes liées à une perturbation de la capacité de mémorisation.

Selon une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec (2025), le nombre de personnes diagnostiquées TDAH a plus que quadruplé ces 20 dernières années. Un résultat qui, selon Maïlys Duchêne, psychologue spécialisée dans le développement des enfants et des adolescents, s’explique par l’augmentation des diagnostics ainsi que par une meilleure sensibilisation.

« Des diagnostics de TDAH, de nos jours, on en fait beaucoup plus qu’avant. Bien que cela a été sûrement sous-diagnostiqué avant, on entre peut-être dans une période de surdiagnostic, comme on a pu l’être pour le trouble du spectre autistique ou le HPI (haut potentiel intellectuel) à une époque. »

Quel lien avec la surexposition aux écrans ?

« Le risque de vraiment développer le trouble, avec plus ou moins des manifestations importantes, il est vraiment maximisé par cette surexposition aux écrans avant l’âge de trois ans. », Maïlys Duchêne (Photo : Centre Mosaïque Québec)

Le rapport de la Commission spéciale sur les impacts des écrans chez les jeunes au Québec, sorti en mai 2025, nous montre que l’exposition aux écrans commence plus tôt et que le temps consacré a fortement augmenté.

Maïlys Duchêne affirme que les deux sont liés. Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental, c’est-à-dire qu’il se construit durant l’enfance.

« Il y a beaucoup de liens, en ce moment, qui sont faits entre TDAH et surconsommation d’écran, parce qu’on sait que les personnes, présentant un TDAH, leur système de récompense est plus basé sur la motivation à court terme » […] Et donc elles sont beaucoup plus sensibles aux phénomènes addictifs parce que souvent, la récompense est immédiate. »

Le Regroupement des Associations Panda met en place des services pour favoriser la réussite scolaire et sociale des personnes TDAH (Photo : PANDA SLSJ)

Un enjeu de société

Dominique Simard, directrice générale de l’association PANDA SLSJ, affirme que le cerveau des personnes diagnostiquées est plus sensible aux contenus stimulants et réactifs, notamment à travers les couleurs et le son.

« Ce qui est un peu complexe à démêler c’est qu’une personne qui a un TDAH arrive aussi souvent dans un état d’hyper-focus. […] Cet hyper-focus va venir aussi jouer dans la consommation des jeux et des activités électroniques. »

Pour Dominique Simard, « la problématique et l’enjeu de santé est de plus en plus sur la place publique ». Elle reste optimiste et assure que la prise de conscience est en train de se faire.

 

Ce qui est recommandé à propos des enfants et des écrans

Le gouvernement du Québec souhaite accompagner la population dans une utilisation équilibrée des écrans. Il propose des recommandations qui prennent en compte la réalité des jeunes :

Moins de 2 ans : L’utilisation des écrans pour un enfant de moins de 2 ans n’est pas recommandée. Elle peut grandement nuire à la vision, au langage, à la motricité ou encore au développement des liens socioaffectifs.

De 2 à 5 ans : Il est conseillé d’introduire progressivement les écrans, à cet âge, tout en limitant son utilisation à moins d’une heure par jour. Les conséquences sont les mêmes que pour un enfant de moins de 2 ans. Pour que ces moments soient bénéfiques pour l’enfant, il est recommandé d’être présent et investi dans le contenu visionné. Mettre en pratique et parler de ce que l’enfant a vu permet de rendre ces moments bénéfiques à travers l’interaction.

De 6 à 12 ans : À cet âge, les parents se doivent d’être présents, notamment en imposant un encadrement parental. Cette mise en place permet de réguler l’exposition aux écrans ainsi que le type de contenu consommé (réseaux sociaux, jeu vidéo, télé…). De 6 à 12 ans, des problèmes liés à la vision, au sommeil ou encore à l’apprentissage sont observés.

Share:
Avatar photo