Tatouage au Québec : quand la popularité devance la réglementation

Au salon Addik Tattoo, tous les appareils utilisés sont stérilisés dans une salle spécialement conçue à cet effet. (Photo: Julian Azzari Mondino)
En hausse de popularité depuis plusieurs années au Québec, le tatouage est désormais largement démocratisé. Le magazine Sage 60 indique que 51 % des milléniaux canadiens seraient tatoués, contre seulement 17 % des baby-boomers, une statistique qui témoigne de l’engouement croissant pour cette pratique. Pourtant, aucune réglementation ni ordre professionnel n’encadre ce domaine au Québec. Une situation que déplorent plusieurs tatoueuses de la province.
« Le métier de tatoueuse, ce n’est plus ce que c’était avant », avoue, d’un air découragé, la propriétaire du salon de tatouage La Morsure, à Rimouski, Clara Boulianne.
Elle, qui travaille dans ce domaine depuis plusieurs années, ne reconnaît plus sa profession. Pour Mme Boulianne, la popularité grandissante du tatouage et l’absence de réglementation claire, au Québec, ont encouragé de nombreuses personnes à se lancer dans le métier sans aucune expérience. « Depuis la pandémie, il y a des gens qui ont commencé à tatouer pour les mauvaises raisons, car ils trouvaient que ce métier semblait “ cool ”. Mais finalement ils se rendent compte que ce n’est pas si facile et que c’est minutieux comme travail. »
Faute de véritable encadrement au Québec, la pratique du tatouage demeure un domaine où n’importe qui peut s’improviser comme professionnel, sans permis ni formation en hygiène. La propriétaire du salon Nana Tattoo à Jonquière, Anabelle Tremblay, explique comment les artistes entrent généralement dans ce milieu.
« J’ai commencé en me trouvant un mentor et ensuite je me suis lancée comme apprentie dans un salon. Mon mentor m’a montré les bases, comment bien désinfecter mes trucs. C’est le chemin logique, car justement il n’y a pas de formation. »

Au Québec, il n’existe actuellement aucune réglementation concernant les encres de tatouage. (Photo: Julian Azzari Mondino)
Le Québec, une exception
Dans le reste du Canada, les règles encadrant ce type d’art sont nettement plus claires. La tatoueuse Jessica Campeau, qui possède une grande expérience dans le milieu artistique, s’est lancée dans le tatouage en 2009. Originaire de Montréal, elle a exercé son métier dans quelques provinces canadiennes, ce qui lui a permis de constater les différences au niveau des réglementations.
« J’ai habité dix ans dans l’Ouest canadien et il y avait des réglementations. Si vous allez en Alberta ou en Colombie-Britannique, il faut que le salon de tatouage soit vu par un inspecteur de la santé et il fallait que je fasse l’inventaire de tout le magasin. Il fallait dire ce qui était contaminé, moyennement contaminé et plus contaminé. Je ne comprends pas que cela ne soit pas implanté au Québec », mentionne-t-elle.
Pour résoudre cette problématique, Jessica Campeau pense déjà à des solutions. Elle espère que des cours annuels sur l’hygiène deviennent obligatoires pour tous les salons de la province. « Je crois à 100 % que ce type de cours-là devrait être obligatoire pour tout le monde et à toutes les années. Dans des formations en hygiène, on comprend toutes les maladies reliées à la contamination croisée et comment rester propre. »
Un ordre professionnel pour le futur

L’artiste tatoueuse, Gabrielle Munger, est experte en portraits réalistes. Elle a notamment remporté plusieurs prix au fil des années. (Photo: Julian Azzari Mondino)
Selon l’Office des professions du Québec, aucune demande de création d’ordre professionnel n’a été déposée pour l’industrie du tatouage.
Malgré tout, plusieurs tatoueurs démontrent un véritable intérêt pour lancer ce type de démarche. C’est notamment le cas de Gabrielle Munger, propriétaire du salon Addik Tattoo à Saguenay.
« Je souhaite que ça arrive [ordre professionnel] de tout mon cœur. Ça me ferait vraiment plaisir de payer ma cotisation par année pour avoir ça. Pour ce qui est des tatoueurs qui font n’importe quoi, il y aurait une ressource pour faire quelque chose contre leur mauvaise pratique. Présentement on ne peut malheureusement rien faire », souligne-t-elle avec détermination.






