Abolition de la taxe carbone : une décision critiquée

En date du 19 novembre 2025, l’essence atteint 1,59 $ à Montréal, tandis que dans l’est de l’Ontario, les prix avoisinent en moyenne 1,25 $. Une différence de 34 sous le litre. (Photo : Jérémie Bélanger)
Abolie dans la majorité des provinces il y a plus de sept mois, la taxe carbone suscite encore des avis partagés chez les experts. Alors que la mesure visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre, son retrait soulève toujours des questions sur ses impacts réels.
« Les gaz à effet de serre imposent un coût économique à l’ensemble de la planète pour les générations futures », explique le professeur auxiliaire au Département de science économique de l’Université d’Ottawa, Jean-Thomas Bernard. La taxe, imposée dans presque toutes les provinces en 2019, visait à refléter ce coût auprès des usagers actuels. Le Canada souhaitait également réduire ses émissions de gaz à effet de serre en incitant les gens à consommer moins d’essence.
L’un des arguments du premier ministre Mark Carney, lorsqu’il a décidé d’abolir cette taxe, était qu’elle réduirait le coût de la vie des Canadiens, ce que M. Bernard confirme aujourd’hui.
Toutefois, l’enseignant croit que cette taxe aurait dû rester en place. « Malheureusement, on met de côté un des outils les plus simples pour atteindre l’objectif que l’on vise, qui est la baisse des émissions de gaz à effet de serre. » Le gouvernement connaît la quantité de carburant raffiné au pays, et est donc en mesure de savoir combien cette taxe rapporterait. « C’est une taxe simple. » Jean-Thomas Bernard estime aussi que l’abolition de la taxe carbone « incite à réduire l’utilisation des énergies renouvelables », notamment en décourageant l’achat de véhicules électriques dans un futur proche.
Le Québec, une province désavantagée

Le Québec maintient son propre système de marché du carbone, en partenariat avec la Californie. (Photo : Unsplash)
Le Québec possède sa propre méthode de taxation sur l’essence. La province n’a donc pas été touchée par la taxe carbone fédérale en 2019 ni par son retrait il y a quelques mois. Ici, les distributeurs de carburant doivent acheter des crédits carbone pour compenser les émissions associées aux carburants qu’ils vendent. Le coût de ces crédits se répercute sur le prix de l’essence. Le carburant y est donc plus cher que dans plusieurs autres provinces.
Les multinationales absorbent mieux cette taxe provinciale, mais c’est plus difficile pour les PME. M. Bernard compare d’ailleurs les entreprises forestières du Saguenay–Lac-Saint-Jean à celles du nord de l’Ontario, où elles paient moins cher pour l’essence. Même constat pour les entreprises agroalimentaires : « Ce sont des coûts transactionnels qui ont coûté plus cher aux petites entreprises. Ça pénalise le développement de l’économie agroalimentaire », souligne le professeur et chercheur Sylvain Charlebois.
L’enseignant à l’Université d’Ottawa ne croit pas qu’un chef de parti réintégrera cette taxe dans un avenir proche.






