Diversité sexuelle et de genre : un malaise croissant chez les jeunes Québécois

Les enseignants rapportent une hausse de la tension entre les étudiants lors des discussions sur la diversité, un phénomène observé dans plusieurs écoles du Québec. (Photo : Julian Azzari)
L’ouverture envers la diversité de genre et sexuelle est en chute libre chez plusieurs jeunes Québécois. Ce retour vers des valeurs plus traditionnelles inquiète autant le milieu éducatif que la société en général. Cette nouvelle tendance serait en partie alimentée par l’influence grandissante de mouvements culturels et idéologiques en provenance des États-Unis.
« De plus en plus de jeunes, surtout des garçons, sont crispés et mal à l’aise face à la diversité de genre et sexuelle. C’est un élément qui montre un retour des valeurs traditionnelles », explique le professeur de science politique à l’UQAM, Francis Dupuis-Déri.

En marge de la sortie du documentaire Alpha, le professeur de science politique à l’UQAM, Francis Dupuis-Déri, a été invité sur le plateau de Tout le monde en parle en compagnie de l’influenceur masculiniste Julien Bournival. (Photo : Facebook)
Pour illustrer cette tendance, le Groupe de recherche et d’intervention sociale de Montréal (GRIS Montréal) a publié au début de l’année une étude aux résultats préoccupants. Sur près de 35 000 élèves du secondaire sondés, 40,4 % d’entre eux ont déclaré qu’ils se sentiraient très mal à l’aise si leur meilleur ami était gai, une proportion qui était de 24,7 % en 2017-2018. De même, 33,8 % se diraient très mal à l’aise si leur meilleure amie était lesbienne, contre 15,2 % en 2017-2018.
Pour M. Dupuis-Déri, l’influence culturelle exercée par les États-Unis constitue un moment tournant dans la montée de l’intolérance chez les jeunes. Selon lui, les influenceurs masculinistes américains auraient largement contribué à ce changement social, particulièrement chez les jeunes garçons.
« Plusieurs jeunes sont admiratifs ou se sentent représentés par les influenceurs américains. Ils représentent les valeurs du succès, du pouvoir et de l’influence. Ces modèles-là ont un côté très viriliste et même sexiste. » Il ajoute que, pour certains jeunes hommes, ces figures dépassent largement le statut de simples influenceurs : « Il y a des jeunes qui font référence directement à Andrew Tate. Ils vont voir leur enseignant ou leur enseignante à la pause en disant qu’Andrew Tate est un dieu pour eux et que tout ce qu’il dit est vrai. »
Mais l’influence américaine ne s’arrête pas là. Pour le sociologue Michel Dorais, les créateurs de contenu américains ne constituent qu’une des nombreuses formes d’influence.
« Dans notre ère numérique, tout ce qui se passe aux États-Unis souffle un peu sur le Canada. Chez nos voisins, il y a ce que l’on appelle le nationalisme blanc. C’est une branche du nationalisme de base qui développe beaucoup d’intolérance. Ce sont des hommes généralement blancs qui rejettent tout ce qui est différent d’eux. »
La réalité québécoise
Depuis un an, Francis Dupuis-Déri effectue une recherche sur les propos misogynes et homophobes dans les salles de classe du Québec, et le constat est sans équivoque. Propos dégradants, discours anti-diversité et intimidation : ce sont tous des comportements qu’a pu observer le professeur de l’UQAM dans plusieurs écoles du Québec.
M. Dupuis-Déri explique que ces comportements reflètent une jeunesse de plus en plus affirmée dans ses convictions politiques, allant parfois jusqu’à un excès de confiance. Il ajoute que les jeunes adoptant ce type de comportements problématiques proviennent en grande partie d’un même groupe.
« Les groupes d’élèves plus problématiques dans les écoles sont les joueurs de l’équipe de hockey. Ils ont trop confiance en eux. Pas tous les joueurs de hockey sont comme ça, mais plusieurs témoignages de différentes écoles de la province disent que, quand en classe on parle de sexisme et de misogynie, les joueurs de hockey se rassemblent pour ridiculiser et menacer en groupe. »
Il continue en mettant de l’avant une situation qu’il a pu observer dans le cadre de son étude : « Ils [certains joueurs de hockey] viennent en groupe devant le local du comité de diversité sur l’heure du midi pour intimider les jeunes qui font partie de ce groupe-là et les empêcher de rentrer », explique-t-il d’un air découragé.
La place de l’éducation

Le sociologue Michel Dorais est la personne qui a inventé le terme « masculinisme » qui désigne un homme antiféministe. (Photo : Courtoisie)
Au-delà de l’impact des réseaux sociaux, l’éducation serait l’une des raisons de cette intolérance grandissante. Selon Michel Dorais, les parents se doivent de faire attention à leurs propos devant leurs enfants.
« Les jeunes répètent ce qu’ils ont entendu à la maison. Ils regardent souvent leurs grands-parents et leurs parents et ils tendent à reproduire ce qu’ils ont entendu. J’ai entendu parler d’enfants de six ou sept ans qui disent des horreurs. Cet enfant-là n’a pas lu ça dans le journal, il a entendu ça chez lui, malheureusement », mentionne avec tristesse M. Dorais.






