Une société divisée : comprendre la polarisation sociale

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En 2023, 8,4 crimes haineux pour 100 000 habitants ont été déclarés au Québec. Une hausse de 3,3 comparée à l’année précédente. Photo: Unsplash.

La société observe actuellement un grandissement de la polarisation. Ce phénomène s’accompagne d’une hausse des crimes haineux, au pays et partout dans le monde.

« Ce qu’on observe, c’est de la polarisation sociale. On voit que les personnes sont plus polarisées. On a une montée de la suprématie blanche, des groupes extrémistes de “droite”, donc des groupes plus haineux », explique Ghayda Hassan, professeure au département de psychologie de l’UQAM et cotitulaire de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Ce phénomène de polarisation sociale n’est pas sans conséquence pour la société. « Il y a un changement dans la culture de la violence, ce qui amène une banalisation de celle-ci de manière générale. Elle devient légitime pour réparer un tort qu’on a subi et on ne voit pas d’autres manières de faire, » souligne Diana Miconi, professeure adjointe au département de psychopédagogie et d’andragogie dans le domaine du développement, de la santé et du bien-être, à l’Université de Montréal.

Profil social et psychologique

Il est difficile de définir un profil spécifique des personnes polarisées. Toutefois il y a plusieurs facteurs sociaux qui peuvent expliquer pourquoi certains supportent les discours haineux. Le tout constitue un processus, ce n’est pas du jour au lendemain qu’une personne développe ce sentiment d’injustice et d’intolérance.

« On retrouve davantage de discrimination et d’injustice dans leurs milieux scolaires et moins de soutien de la part de leur famille. Ce sont des gens qui performent moins bien à l’école, qui ont eu des expériences de victimisation ou de violence dans leur vie. On retrouve souvent un niveau d’isolement plus élevé aussi », élabore la professeure adjointe.

L’équipe clinique Polarisation du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal observe une augmentation des signalements provenant d’écoles secondaires concernant des jeunes de 12 à 18 ans. Les facteurs psychologiques jouent un rôle assez dominant chez ces jeunes. « On va parler par exemple de crise personnelle, de besoin d’appartenance, de difficultés au niveau de la santé mentale, d’isolement, la recherche de sens, d’identité et quelques traits anti-sociaux », énumère la cotitulaire de la Chaire UNESCO.

Les adolescents sont plus vulnérables à la prise de risques en raison d’aspects biologiques. Ils sont encore en développement et à la recherche d’émotions fortes. L’influence de groupe joue aussi un rôle plus important à cet âge.

Une personne sur dix de moins de 18 ans au Canada est suspectée d’extrémisme ou de terrorisme selon Statistique Canada.

Réseaux sociaux

« Les réseaux sociaux sont un accélérateur du processus (vers l’extrémisme). Il y a beaucoup de contacts qui sont faits en ligne par des groupes extrémistes. Ils savent comment exploiter les vulnérabilités et besoins présents à l’adolescence », clarifie Diana Miconi.

Les réseaux sociaux sont un moyen plus facile de partager, se faire voir, communiquer et depuis quelques mois leurs algorithmes sont plus tolérants, observe Stéphane Couture, enseignant en communication à l’Université de Montréal et expert en réseaux sociaux et médias alternatifs. Cela occasionne des vues, donc du profit pour ces plateformes.

Certains jeunes préfèrent les relations en ligne aux relations en personne. C’est un indicateur de relations malsaines dans leur quotidien. (Photo : Unsplash)

« Je constate qu’il y a une plus grande polarisation, plus de contenu populiste et hargneux. Ce n’est pas toujours haineux, mais c’est plus agressif en général », remarque l’enseignant.

Cette plus grande tolérance expose plus facilement les internautes à des scènes de violence et à la glorification de celle-ci. De plus, plusieurs jeunes ont tendance à préférer les relations en ligne aux relations en personne.

Les plateformes amplifient l’effet de groupe. Si un jeune est « ouvert » aux recruteurs, c’est parce qu’il est déjà dans une bulle, déplore Stéphane Couture.

Les bulles en lignes sont les chambres d’écho, les algorithmes, cela crée un effet de contagion au sein de groupes de jeunes dès qu’un d’entre eux est plus vulnérable.

Il y a des solutions, explique l’expert en réseaux sociaux, l’éducation aux médias plus tôt dans le système scolaire, la création d’espace de paroles sécuritaires et réguler plus strictement les réseaux sociaux. Ces actions encadreraient mieux les jeunes internautes, selon lui.

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