Une relève agricole limitée par l’argent

La Fédération de la relève agricole du Québec est la voix de 8000 jeunes agriculteurs et agricultrices. / Photo : Samuel Fournier
Les défis reliés à la relève agricole n’ont jamais été autant d’actualité. L’agriculture est un domaine nécessaire dans notre société et pourtant, reprendre une ferme est souvent compliqué. Les principaux enjeux qu’un nouvel agriculteur peut rencontrer sont les obstacles financiers.
Pour faire vivre une exploitation agricole, assurer sa succession est la base. Généralement, la relève provient de la famille du propriétaire, mais elle peut parfois se trouver ailleurs. Dans les deux cas, la problématique principale est la même : l’inflation. « On a de la relève qui a de la misère à reprendre les fermes familiales en raison des prix des terres qui sont astronomiques », explique le président de l’Union des Producteurs agricoles du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jean-Thomas Maltais.
« C’est l’accès à la terre qui pose un problème », renchérit Samuel Frigon, président de la Fédération de la relève agricole du Québec dans le secteur du Saguenay-Lac-Saint-Jean. « Les terres coûtent excessivement cher dans la région. On a des terres qui se vendent à cinq ou six mille dollars de l’acre », mentionne-t-il en évoquant les principaux enjeux pour lesquels la FRAQ se bat. Selon la Fédération agricole du Québec, en 2024, la moyenne de vente à l’acre au Saguenay-Lac-Saint-Jean était d’environ 3500 $.
Une transition fluide
Avant tout, il faut s’assurer que la transition entre le propriétaire et la relève se passe en douceur, selon M. Frigon. De l’assistance est d’ailleurs offerte par l’UPA avec les services d’un médiateur pour faciliter la communication lors d’un transfert. « On n’a pas le réflexe d’aller chercher cette aide là quand on commence », ajoute M. Maltais en évoquant les difficultés potentielles lors d’une transition.
Mais il y aurait de la place pour plus de programmes encore puisque le démarrage est considéré comme crucial selon le président de l’UPA. Il souhaiterait entre autres « des programmes de mentorat pour les transitions, pour montrer des erreurs à éviter pour ne pas perdre des centaines de milles en commençant. »

Des fédérations spécialisées offrent des rabais et des aides financières tels les prêts de quota comme la Fédération des producteurs de lait du Québec et la Financière agricole du Québec. / (Photo : Samuel Fournier)
Il évoque que les temps ont changé, heureusement, lors d’un prêt bancaire notamment. « Une banque nous montraient les pourcentages de faillite sur un, cinq, dix et quinze ans. Tu commences dans le domaine et ils te lancent ça dans la face », lâche-t-il.

L’entreprise que Justin souhaite reprendre possède 175 kg de quota et 112 vaches à la traite. / (Photo : Courtoisie)
L’école prépare-t-elle bien?
Pour ce qui est de la formation des jeunes au monde agricole, il manque peut-être un peu de parrainage selon Justin Dufour, étudiant de 3e année en Gestion et technologie d’entreprise agricole à l’ITA de La Pocatière.
Le programme consiste à spécialiser les étudiants dans une production dès la deuxième session. Ensuite, les étudiants montent un projet d’élevage à faire avec une simulation d’entreprise fictive. Lors de la 3e année, la gestion des finances est mise en avant avec des projets utilisant les données propres à la future entreprise de l’étudiant. Un ajout intéressant serait le retour des stages obligatoires selon M. Dufour, qui ont été retiré il y a huit ans environ. « [Un stage], ça force les gens à aller voir ailleurs et à découvrir d’autres pratiques. »
Une inflation généralisée
Le problème d’inflation va en s’empirant affirme Samuel Frigon. Et il n’y a pas que les terres qui coûtent plus cher ! « Sur ma ferme familiale, on a acheté des vaches à 4300 $ et six mois plus tard, elles coûtaient 6500 $. »
Le soutien proposé par le gouvernement en ce moment n’est pas suffisant selon Jean-Thomas Maltais. « Quand on transfère des entreprises qui peuvent valoir entre un et dix millions de dollars, ça en prend de l’aide et ce ne sont pas des montants de 5 000 $ qui vont faire la différence. »
Il ajoute que plusieurs solutions sont possibles et que c’est au gouvernement d’agir. « Ça prendrait une vision pour aider la relève pour vrai. Des prêts à faible taux d’intérêt. […] Ça pourrait très bien se faire comme on a vu dans les années 70-80. […] Il faudrait avoir un fonds dédié de 100 millions de dollars par année pour aider la relève carrément. »
Le président se questionne lorsqu’il pense à la relève. « Je ne sais pas de quoi ils [les gouvernements] ont peur, mais peut-être qu’ils nous tiennent pour acquis. »
Cet article fait partie d’un dossier produit par trois journalistes : Virgile Revelle, Samuel Fournier et Noah Gauthier-Morin.
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