Ophélie Bouchard, une relève agricole qui casse les préjugés

Ophélie Bouchard est très heureuse de pouvoir prendre la relève de la ferme familiale avec ses frères. (Photo: Samuel Fournier)
Dans le milieu agricole, où la relève féminine demeure rare, Ophélie Bouchard trace sa propre voie. À 24 ans, alors qu’elle termine son baccalauréat en agroéconomie à l’Université Laval, elle s’apprête à reprendre la ferme familiale Gaston Bouchard et fils en compagnie de ses frères à Saint-Ambroise.
Ophélie Bouchard n’a jamais douté de l’endroit où elle voulait bâtir son avenir. « L’intérêt part du fait que je suis née ici. Mon père avait la ferme et c’était mon arrière-grand-père qui l’avait créée. L’attrais s’est transmis », raconte-t-elle. Depuis petite, elle rêvait de voir son nom gravé sur l’entreprise familiale. « J’avais fait des dessins où j’avais écrit Ferme Gaston Bouchard et fille. J’avais ajouté le et fille parce que je voulais faire ça dans la vie. »
Faire partie de la minorité
Mais dans le monde agricole, un milieu majoritairement masculin, ce rêve n’a pas toujours été pris au sérieux. « Les gens regardaient mes deux petits frères et disaient à mon père : “Tu vas avoir de la relève », sans insinuer que moi aussi je voulais être là. » Son père, lui, n’a jamais douté de ses capacités. « Il me disait que même si j’étais une fille, j’avais le droit d’être sur sa ferme. »
Ophélie donne un coup de main sur la ferme depuis qu’elle a 11 ans. Auparavant, elle travaillait dans les champs de la ferme en été. Ce qui n’était au départ que du travail physique s’est transformé en véritable projet de vie. « Mon père m’a expliqué que je n’avais pas besoin de conduire des tracteurs pour gérer une ferme. Je ne suis pas une agricultrice typique : je ne conduis même pas de tracteurs. Je m’occupe du volet administratif, de la gestion et des chiffres. » Au Collège d’Alma, où elle étudiait en agriculture, elle a découvert toutes les dimensions de l’entreprise agricole. « J’ai beaucoup aimé ça. Donc, j’ai décidé de reprendre la ferme. »
Ses frères, quant à eux, sont davantage sur le terrain. Maxence s’occupe de conduire les machines. Justin de son côté, est davantage engagé dans la réparation des machines après un DEP en électromécanique. Son père répète souvent à quel point il est fier de voir ses enfants reprendre la ferme familiale.

La ferme Gaston Bouchard et fils a vu le jour au début du 20e siècle. (Photo: Samuel Fournier)
Beaucoup d’ambition
Finissante dans son programme en 2026, Ophélie a déjà quelques projets pour développer la ferme. C’est une enseignante du cégep qui lui a mis la puce à l’oreille. « Elle m’a dit que je ne suis pas obligée de grossir la ferme de l’extérieur, mais plutôt de l’intérieur. On pourrait faire de la production de poulet ou de bleuets sur nos terres déjà existantes, par exemple. » C’est Maxence qui lui a donné l’idée des bleuets. Elle souligne aussi que les terres coutent très cher et qu’à proximité, il n’y en a pas à vendre présentement.
Aujourd’hui, Ophélie évalue la ferme, les bâtiments, les terres et l’équipement à près de 10 millions de dollars. L’entreprise cultive environ 550 acres de pommes de terre, soit près de 24 millions de pieds carrés. « On a aussi la bâtisse en face qu’on a achetée il y a deux ans pour prendre de l’expansion et moderniser nos bureaux. »
Pas à l’abri des préjugés
Même si elle a trouvé sa place, Ophélie constate que les préjugés persistent. « Il y a des gens qui viennent chercher une poche de patates ici. Je mets 50 lb dans leur auto et ils sont surpris que je puisse soulever ça. » Un voisin lui a même déjà dit que sa fille ne reprendra pas la ferme « parce que c’est une fille ». Elle n’est pas inquiète pour elle mais elle comprend que certaines filles passionnées par le domaine agricole puissent avoir des doutes quant à leur possibilité d’y faire leur métier. Le milieu agricole est représenté en majorité par des hommes. Selon le dernier rapport du gouvernement du Québec en 2021, 70% des agriculteurs étaient des hommes.
À l’aube d’un nouveau chapitre, elle garde le même optimisme que l’enfant qui écrivait « et fille » sur ses dessins de ferme. « Je pense que quand la passion est là et que tu es bien préparée, ça se fait. C’est sûr que c’est difficile, mais il ne faut pas avoir peur de travailler pour y arriver. » Grâce à sa résilience, elle sera bientôt diplômée de son baccalauréat en agronomie et sera légitime à obtenir le rôle de gestion de la ferme Gaston Bouchard et fils.
Cet article fait partie d’un dossier produit par trois journalistes : Virgile Revelle, Samuel Fournier et Noah Gauthier-Morin.
À lire aussi :
Une relève agricole limitée par l’argent – La Pige
« Nous ne pouvons pas continuer l’agriculture industrielle » : quelle relève pour l’agriculture bio…






