Un congédiement qui n’avait pas lieu d’être

Danielle Pilette est experte en gestion municipale et métropolitaine. (Photo : Radio-Canada / Maya Arseneau)
L’ancien directeur général de la Société de transport de Saguenay (STS) Jean-Luc Roberge n’aurait jamais dû être congédié, selon la professeure associée au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Danielle Pilette. Selon elle, malgré les erreurs qu’il a commises, la destitution d’une personne constitue une peine de dernier recours qui doit être accompagnée d’une excellente justification.
Dans le jugement du Tribunal administratif du travail rendu cette semaine par la juge Myriam Bédard, il est indiqué que : « La STS plaide qu’elle avait de nombreux motifs pour procéder à la destitution contestée, tous liés à d’importantes lacunes de gestion de la part de son directeur général, de la Ville de Saguenay et de la firme Raymond Chabot Grant Thornton ».
Or, selon Mme Pilette, sur l’ensemble des recommandations, seulement sept touchaient M. Roberge et celui-ci avait démontré sa bonne volonté à apporter les changements nécessaires. « Il n’a pas été averti qu’on attendait autre chose de lui », explique la professeure à l’UQAM.
En plus, le jugement fait valoir qu’en aucun cas l’état de crise de la société de transport lié à la pandémie n’a été pris en compte dans la décision de renvoyer M. Roberge. « Il faut d’abord tenir compte de l’état de désorganisation résultant des départs de personnes-clés, jumelé aux absences maladie et à la situation de pandémie mondiale affectant particulièrement les sociétés de transports publics, qui ont dû revoir l’ensemble du fonctionnement de leur réseau dans un climat d’urgence sanitaire », explique la juge dans sa décision.
Raisons hypothétiques de la destitution
Alors que Jean-Luc Roberge était à la tête de la STS, les quotes-parts payées par la Ville de Saguenay dans le transport en commun étaient supérieures aux normes habituelles. Selon Mme Pilette, c’est le véritable problème reproché à M. Roberge. « C’est comme si sa personne représentait un centre de coût pour la Ville. »
De son côté, Jean-Marc Crevier, président du conseil d’administration de la STS à l’époque de M. Roberge, explique qu’il s’agit, selon lui, d’un renvoi politique. « Mme la mairesse ne l’aimait pas. Elle n’aimait pas Mme Dion non plus. Ça a toujours été dit qu’elle avait une liste de gens qui devaient lever les pieds », explique l’ancien conseiller.

Jean-Marc Crevier se sent dupé lorsqu’il repense à la situation de M. Roberge.
(Photo : Philippe Jacques)
Rappel des faits
L’ancien directeur général de la STS, Jean-Luc Roberge, pourra réintégrer ses fonctions d’ici 30 jours selon le jugement rendu par le Tribunal administratif du travail. Cette conclusion arrive après quatre ans de procédures judiciaires à la suite de son congédiement, le 20 mai 2022, sous la gouvernance de la mairesse Julie Dufour.






