Chat Control relance le débat sur la surveillance numérique

Marc-Olivier Killijian est expert en données personnelles et en vie privée. (Photo : UQAM)
L’adoption du règlement Chat Control au sein de l’Union européenne inquiète des spécialistes au Canada. Ils craignent que le pays emboîte le pas, créant ainsi une atteinte à la vie privée et un risque de surveillance de masse.
Le conseil de l’UE a repoussé le vote sur le règlement Chat Control qui devait avoir lieu le 14 octobre 2025. Le règlement permet aux fournisseurs de messageries (WhatsApp, Facebook, Gmail) de lire les conversations privées de tous les utilisateurs. Des systèmes de filtres, employant potentiellement l’intelligence artificielle, détecteraient les messages suspects. L’objectif premier est de détecter les images et textes à caractère pédocriminel.
« Souvent, le Québec et le Canada se calquent sur ce qui se passe en France. Donc, il se pourrait très bien qu’ils suivent aussi pour Chat Control », assure le professeur au département d’informatique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Marc-Olivier Killijian. Le professeur déplore une « catastrophe pour la vie privée » si une telle loi est mise en place.
M. Killijian craint que les gouvernements et les entreprises utilisent ces données pour surveiller la population. Il souligne que les politiques fascistes et d’extrême droite pourraient aussi cibler des groupes marginalisés (immigrants, LGBTQ+, personnes racisées, etc.).

Anne Nguyen affirme que le Canada est culturellement plus réticent face à ce genre de loi. (Photo : Arif Riyanto)
Pour sa part, la directrice responsable de l’intelligence artificielle au Conseil de l’innovation du Québec (CIQ) se veut rassurante. En effet, Anne Nguyen assure que des institutions gouvernementales protègent les citoyens de ce type de loi et de leurs dérives.
« Au Québec, on a le ministère de la Cybersécurité et du numérique, donc on part déjà avec une volonté d’utiliser la technologie à bon escient. Au Canada, Marc Carney a aussi créé le premier poste de ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique. On est quand même assez avant-gardistes. »
Anne Nguyen estime aussi que les lois qui encadrent la vie privée et les données personnelles sont solides dans la province.
Le professeur de l’UQAM n’est pas aussi optimiste. « Je ne crois pas qu’on soit particulièrement protégé. La loi peut être modifiée. »
Mme Nguyen souligne que le Canada est « un peu en retard, par rapport aux autres » sur le plan technologique, ce qui présente un certain avantage. Ce retard se reflète par exemple dans la centralisation des données qui est moins performante ou encore dans l’identité numérique qui est moins avancée. Selon elle, cette lacune se transforme en atout, face à ce genre de règlement.
Risque de cyberattaques
Cependant, si les conversations privées sont déchiffrées, elles sont aussi plus à même d’être ciblées par des cyberattaques. « Si ces serveurs-là se font pirater, imaginez la quantité de données qui serait disponible », redoute Mme Nguyen.






